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9 avril 2015 4 09 /04 /avril /2015 20:33
La feria s'est éteinte... on y reviendra sans doute

La Feria s’est éteinte - une de plus – on ne compte plus… mais comme après l‘amour tout semble définitivement consommé et sans espoir… Le corps s’est usé à force d’émotions, de déceptions, de grandes joies et de plus petites, d’ivresses joyeuses et d’assemblées tapageuses…

Rien ne sera plus comme avant, comme toujours ; et « on ne m’y reprendra plus », et chacun de jurer « ses grands Dieux » que… que …

que rien du tout, oui…

La messe est dite, bien sur, mais parce qu’on aime les secrets des polichinelles que nous sommes tous un peu, (une bosse devant, une bosse derrière), on le sait déjà qu’on y reviendra. Mais, on n’en dira rien ; pas tout de suite ; sans doute parce que on l’aime ce manque, né de l’incertitude, qui va trainer encore pour s’inventer des souvenirs en plus.

Ne rien en dire et se faire vibrer la mémoire aux couleurs des images et des sons, des musiques et des gestes, des sourires et des mots qui ne se trouvent qu’ici, en Arles et nulle part ailleurs… Se griser au tempo de tous ces excès sublimes en forme de « Recibir » impossibles, de naturelles très basses et profondes, des gestes si justement et parfaitement économes d’un ancien qui a l’expérience ou ceux efficacement crispés d’un plus jeune qui ose, ou ceux d’une cavalière si belle qu’elle pourrait tout oser…

Se souvenir sans cesse que demain sera un autre jour après ces nuits si longues - ou si lamentablement trop courtes à la fois - parce que l’ivresse t’emmène frôler les rebords du jour qui revient ou au contraire te laisse en rade et comme un con sans importance…

Ah cette ivresse ! Cette façon scintillante de se bousculer l’habitude pour juguler la tristesse et oser enfin la joie…

Se payer le plaisir de rencontres nouvelles, se coltiner à de branlantes « affinités électives »… Oser bien des retrouvailles attendues ou d’autres périmées mais tant pis… Ne pas penser aux sympathies soudainement contraires, comme il y a des cornes et des vents contraires… Oublier le poids des petites trahisons ordinaires et des petits calculs sans horizon… Mais bien sur se réjouir de l’infini d’un regard perdu pas forcement pour tout le monde, ou d’un trait de lumière tout à coup se transmutant en or, (l’alchimie du Ruedo !) , se réjouir encore d’une autre rencontre furtive, si mystérieusement douce, et comme Brassens se figurer mille histoires possibles… S'exciter à la beauté de la foule quand elle comprend et communie, et se lamenter en chœur de sa bêtise quand elle ne sait pas qu’elle ne sait plus, s’amuser du rire en éclat d’un gamin ébloui, jubiler de la fulgurance d’un texte retrouvé, ou simplement d’un bon mot, rêver d’une phrase parfaite qui émergerait soudain impromptue, revenue d’on ne sait où… et qui se perdrait finalement comme on oublie un rêve… ( la littérature est pleine de ces quêtes d’écrivains qui passent leur temps à tenter de se réinventer ces phrases rêvées et à courir après cette musique des mots entrevus et perdus…) et danser avec ces belles fanfares qui tintamarrent en joie pour que le poète à côté trouve les mots justes, tissant mine de rien la légende comme on aime… Parce qu’on aime ici, beaucoup ! On aime la vie et ses fulgurances, ses pleins et ses déliés, ses creux et ses bosses, ses douleurs aussi et les souffrances autant que les triomphes…

On aime aussi ces instants secrets, intimes, où nos héros viennent poser le regard au creux d’un studio… juste un regard, dans un moment d’abandon, calme, serein et silencieux au cœur des sunlights, un moment furtif mais profondément vrai qui pourrait, plus tard, en dire beaucoup plus que bien des diatribes ampoulées…

La Féria est finie, tout le monde est rentré, il restera tout ça, en douce…

Plus les mots de Zocato, le Rouge de l'atelier du peintre, les photos d’Eugénie, la défaite de l’OM, la maison de Sabrina, les faenas et les toros, les frites du Galoubet, les oiseaux de l’Affenage, la complicité du bon docteur, la suffisance perchée des uns, les lâchetés ratatinées des autres, les fêtes surprises, le Prix de l’aficion sans récipiendaire, les toros de José, les sourires de tous et les bons mots de quelques autres… alors, oui…

C’est sur, on y reviendra mais chut ! Le dernier verre, celui qui enjolive proprement cette vraie ivresse si belle et sans fin attendra…

On le prendra la prochaine fois…. Pour tenter de tout recommencer…

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Published by Emma Falubert
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