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9 juin 2017 5 09 /06 /juin /2017 18:59

La ville d’abord. Guérie de ses plaies et de ses bosses, enfin propre et comme neuve, Nîmes, ville, aseptisée, plates bandes bétonnées et nettes, au cordeau, couloirs de bus balisés, macadam noir et bandes blanches, nickel, j’adore, bref, travaux terminés, ça roule ! enfin façon de parler parce que question fluidité pendant la feria, c’est pas gagné.

Une ville aux aguets et c’est tant mieux, camions en travers un peu partout pour éviter le pire, Police en arme et sur le coup, hélico bien en vue, et bien en bruit aussi, pour prendre du recul, en l’occurrence de la hauteur, et veiller au grain, notamment ce grain de sable qu’aime mettre les antis, se croyant tout permis, bornés en diable. Ils furent 70 de passage, pas un de plus, à brailler et gesticuler et nous 12000 heureux dans les arènes. Peu importe, faudra leur dire : la corrida était autorisée pas leur manif !

Quoi encore de remarquable ? Un très beau ciel noir d’orage, accroché à 3metres cinquante dans le haut de l’amphithéâtre, qui en a vu d’autre, et c’est ce qui est émouvant, cette lumière de fin du monde, à défaut de fin de soirée, et des gouttes énormes comme des calots de verre, (je sais je l’ai déjà dit mais j’adorais jouer aux billes quand j’étais gamine), tombant sans discontinuer sur la piste, devenue marigot, y faisant des mares de boues au milieu desquelles, brille le sourire du Juli, honorant avec fougue, hargne, pugnacité et beaucoup d’envie son contrat sans compter,

Entre les gouttes, un Lopez Simon, le regard noir comme l’orage aussi triste et lourd qu’un jour d’automne, neurasthénique presque, donne toujours l’impression, malgré le triomphe, de ne pas savoir ce qu’il fait là. Ça sent la question existentielle, sans réponse, d’autant plus qu’on n’a pas entendu le soutien de l’envahissant Julian Guerra soit à cause de cet orage soit qu’il sentait déjà ce que son torero lui réservait.

Et en contre point de ces deux extrêmes, l’enthousiasme du Juli et la déprime de Lopez Simon, les beaux gestes profonds de Curro Diaz calme et serein.

Le lendemain c’est Ponce qui fait le Job sans plus, Jimenez en veut mais ça ne le fait pas tout à fait, quant à Roca Rey l’attente est telle qu’on est souvent un peu déçu. On s’ennuie un peu mais c’est pas grave, le soleil est revenu, il fait beau à nouveau, les femmes sont belles, la vie aussi, les copains déchaînés, et le Ricard très frais. Le Ciel de Nîmes, au bout de ses escaliers monumentaux en forme de délires romains, ou d’un ascenseur à vérin comme on en fait plus, nous a attendu. Nous aussi, on attendra ( un bar trop mou ou des salades fadasses et tristes comme des Niçoises parisiennes), et ce fut vraiment très long, malgré le sourire et la bonne volonté du serveur, jusqu’à l’entartage d’un récipiendaire bien élevé qui n’en demandait surtout pas tant.

L’après midi Jean Baptiste est tendu mais ça va le faire, tout le monde est content, tendu avec lui. Et ça le fait effectivement, on se détend, avec le premier toro. Pour le reste une belle pique comme on n’en voit peu ici, quelques fulgurances mais pas non plus le grand chef d’œuvre. Honorable tout de même, porte des consuls oblige, un bon moment quoi qu’il en soit.

Pour les chevaux, Léa en reine a trouvé son roi, mais je n’y étais pas. Ensuite le soir les Jandilla qui furent bons, semble t il, mais ce « Panero » de Vegahermosa méritait il l’indulto. On pourra en discuter longtemps. Je n’y étais pas, mais je dis oui ! sans savoir et sans avoir la réponse ! Parce qu’il n’y a pas une seule bonne réponse… Toujours est-il que ce toro fut gracié, et comme la main de Thierry Henri, le train reparti sans Paul Deschanel ou le choix de Trump par les américains, faut faire avec. C’est fait, on ne reviendra pas là dessus. Encore une fois, dans cette belle métaphore qu’est la corrida on comprend là encore, que le réel est une construction fragile presque virtuelle et oui, échafaudée sur mille hypothèses, mille vérités dont aucune n’est plus certaine ni plus vraie que les autres. Et en tauromachie c’est pareil , la seule vérité qui vaille est celle de l’émotion et du sensible et là pour le coup, c’est comme pour les gouts et les couleurs, à chacun sa vision et ses choix. Ce qui est sur c’est que cet indulto, s’il fait beaucoup parler, et pose question, a montré que la feria s’achevait sur de bons toros et ça c’est tant mieux. On s’en souviendra.

Émotions, je disais : restera aussi pour toujours, en plus de ces moments forts et taurins, le beau sourire perdu de l’ami qu’est pas venu mais qu’il le veuille ou non, qui plus jamais ne nous quittera. Au contraire, toujours là, avec tous les amis et Fred, au cœur de la piste… Et partout ailleurs, Entre les arabesques fleuries de Ponce, la musique de Rudy Nazy, ( merci Jol) nos désirs de voyages, nos blagues foireuses, nos ironies tranquilles, nos désirs perdus, nos regrets éternels et nos très belles cuites de poètes - ces ivresses magnifiques qu’il faut savoir vivre en funambule sublime - tu seras toujours là Franck et nos larmes comme des sourires accrochés à la vie, on va continuer, pour te faire marrer et se marrer avec toi. C’est comme ça parce que toi aussi tu savais que le vie est trop belle pour qu’on boive encore des coups quoiqu’en pensent les pisse froid et les autres faux culs !

Voilà ce qu’on n’oubliera pas, ce fut une belle feria et on y reviendra.

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Published by Emma Falubert
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