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10 mai 2009 7 10 /05 /mai /2009 22:42

Le seul torero italien...
A la fin d’un de ses derniers défilés de haute couture, un célèbre couturier d’origine italienne, était apparu vêtu d’une interprétation libre du costume de torero. Certains s’étaient offusqués de ce clin d’œil, y voyant une marque de mépris et d’irrévérence. Ils n’avaient sans doute pas compris qu’il s’agissait à l’évidence et au contraire d’une forme d’hommage respectueux et respectable. Cet artiste de la maison Dior a une trop haute idée de la fonction et du rôle de l’artiste pour manquer de respect à d’autres artistes. Il y a chez ce créateur trop de génie créatif, de densité, de tension intérieure et d’angoisse existentielle, pour que l’on puisse considérer qu’il soit capable avec légèreté et désinvolture de prendre le temps et l’énergie d’ironiser de façon aussi triviale. Et c’est justement parce que cet habilleur de génie sait que cette quête du sens de la vie, qui donne d’ailleurs du sens à la sienne, passe autant par  cette mise en forme d’un superflu superfétatoire et de l’inutile indispensable, où il est passé maître, que par ces combats sublimes ou  pathétiques, sanglants ou besogneux, et évidemment inutiles et superflus de l’homme contre la sauvagerie, qu’il a voulu mettre en évidence des liens qu’il revendique dans cet hommage.
Sur un autre registre, l’artiste peintre de Chirico, aux épais coups de pinceaux et à la palette si tristouille, lorsqu’il se représente en torero, ne veut en rien ridiculiser, ni se moquer des toreros. C’est tout le contraire, qu’il semble nous dire, en se montrant abattu et ridiculement perdu, dans un habit trop grand pour lui, que lui-même ne se juge pas digne et à la hauteur de ces belluaires hors du temps. Dans sa propre quête artistique, on peut penser qu’il affirme par cette image qu’il ne se sent pas à sa place, qu’il se sent comme « déplacé », on dirait aujourd’hui à côté de ses pompes… Pour finir, on peut penser qu’entre les deux artistes italiens, il y a sans doute un point commun, outre cette métaphore taurine, c’est cette vision et interprétation d’Ulysse que Giorgio peignit à la fin de sa vie. Il représente un misérable Ulysse, ramant dans une barque minable, au milieu d’une chambre sans perspective, dans un sur place de cauchemar… Un Ulysse qui en dit long sur un état d’esprit : entre regrets éternels, cynisme angoissé  et déception définitive et sans retour… on est loin de la jubilation créatrice que procure le combat de l’arène.

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Published by Emma Falubert
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