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3 juin 2009 3 03 /06 /juin /2009 17:22
Parfois, la corrida a à voir avec l’ennui : on s’y ennuie et va savoir pourquoi, on se met à gamberger…
En bas, El Juli a beau s’évertuer à tirer avec une  hargne élégante des passes à un Jandilla qui n’en finit pas de ne rien vouloir, se laisser prendre, on pense à tout et à rien. On pense au temps qu’il faisait l’année dernière, aux anti-taurins que l’on n'a pas vu cette année. On pense aux bonnes réponses qu’on ne leur a pas faites et aux mauvaises qu’on leur assène comme autant d’arguments dont à la fin, ils savent user avec beaucoup de cynisme opportun. On se demande s’il est bon de mettre en avant les arguments de la tradition, alors que le spectacle est vivant. Pourquoi ne parlerait-on pas plus de la beauté ? de la métaphore, de la culture, de la modernité et des valeurs ?
On repense bien sur à l’Indulto de Vendredi dont la presse n’a pas beaucoup parlé, juste pour dire que Lanero va très bien et qu’il se remet sans problème de ses blessures. On évoque pragmatiquement la dimension économique, et  les hommes et les femmes qui travaillent et en vivent dans l’ombre ? On se demande sérieusement pourquoi tant d’hystéries et de débauches d’énergies agressives,  quand il s'agit de Corridas, alors qu’il y a tant d'injustices ignobles et de conneries insupportables tout autour de nous…
Et puis on pense aussi à Vic où on se promet d’aller l’année prochaine, il paraît qu’on s'y ennuie jamais ? On ne le croit pas vraiment  mais l’espoir  et l'envie font vivre. Et puis cette année, on ira à Céret (enfin comme tous les ans on essaiera et comme touts les ans...) Enfin là non plus on s’ennuie rarement, qu'ils disent.
On pense à rien aussi, et notamment à ces amis un peu grande gueule qui avaient assuré qu’ils seraient là cette année. Elle, elle adore le Juli,
« je t’assure Emma, il est si mignon » ( ?!).
Elle a oublié que le Juli, il a grandi depuis la dernière fois qu’elle l’a vu le 18 septembre 98, il avait alors 16 ans, tout en blanc, entre Manzanares et Ortega Cano pour son alternative. Il avait hypnotisé les arènes de Nîmes. Mais même ce jour là, ce n’était pas mignon qu’il était le Juli… c’est bien au de là de ce qualificatif condescendant :  il y avait dans ses yeux , dans ses gestes, dans sa façon de dominer le toro, l’expression d’une volonté à la fois tranquille et indestructible, une puissance souple et sereine, et paradoxalement, malgré son jeune age, presque une maîtrise rassurante… autre chose qu’un mignon petit gars courageux… le Juli. C’est comme Jean Baptiste (juan bautista), on dit toujours de lui qu’il est courageux… mais que… mais que… "que si il n’était pas le fils de …" "enfin je me comprends..." qu'ils pensent sous cape, les bien pensants... En fait le plus important, ce n’est pas de regretter ou de blâmer un état de fait… et oui jean Baptiste est bien le fils de son père et le neveu de… comme nous tous ! finalement et on s’en fout, parce que la grande leçon est ailleurs ! parce que l’essentiel avec ce torero, ça n’est pas qu'il soit ou non pistonné, et ça n'est pas non plus simplement qu'une histoire de courage (tous les toreros sont courageux, c'est le minimum) , c’est autre chose! encore, quelque chose qu'il aurait en plus :  cette ténacité, cette volonté d’y arriver, de tendre à la perfection, et d’aller, bien au de là des contingences familiales, là où très peu peuvent aller... pour ça il a été capable d'accepter, ou de s'imposer, la nécessité de s’arrêter, de faire une pause... et de retravailler encore et encore pour mieux revenir et s’ouvrir les Portes de Madrid. C’est assez rare cette lucidité qui oblige à des décisions difficiles, voire impossibles à accepter par des gens ordinaires  comme nous autres, assis dans les gradins à l’abri de nos certitudes et de nos idées reçues.
Ça gamberge lorsque Jean Baptiste justement sans s’énerver ne tire rien de ce toro  sans charge.
Alors, on pense aussi à l’énorme Espartaco qui a repris juste parce qu’il n’avait pas fait ses adieux à Nîmes … et qui dignement le matin a eu l’échec modeste et le sourire généreux.
Quant à ces « amis
»… Elle, qui voulait venir pour El Juli et ,lui qui voulait  être là. Il voulait voir ce que donnerait les Jandilla… à la Feria de Arles, ils n’avaient pas pu venir et en plus la corrida de Jandilla avait été annulée
« tu vois Emma, c’est ça la classe, je ne viens pas... et ils ne sortent pas ! ». Idiot ! oui, on sait ! mais nous sommes nombreux à être un peu crétin dans cette ambiance survoltée et passionnée… alors on excuse ces emportements de pacotille, en bas le drâme se joue... sans tambour ni trompette...
ça n'empeche, là les Jandilla, ils ne donnent pas grand-chose, et ne transmettent rien. Luque a bien du mal, et on gamberge encore… pourquoi le public le préfère à ses deux compagnons de cartel ?…un grand mystère, la magie, la sorcellerie plutôt des corridas… ou simplement la mauvaise foi des uns et l’ignorance des autres et le goût de la nouveauté de ceux qui pensent mieux savoir que les autres ?
On ne peut s’empêcher de penser à lui, donc,  le mari de Elle 
« ils sont mariés ? t’es sûre Emma ?
»
« non, je n’en sais rien et à la vérité, on s’en fout, non ? »
Non, tout le monde ne s’en fout pas  d’ailleurs mais c’est une autre histoire.
Et, ça gamberge, on voit bien que les autres gambergent aussi… En tout cas ce qui est sûr, c’est qu’il n’y connaît rien, le crétin qui s'ignore ...mais  qui nous resemble malgré tout quand on affirme que "nous c'est pas pareil",  On sait  !
Alors, au fond on se pose la question de savoir ce que cela veut dire, s’y connaître ? rien ! rien de précis, ce que l’on peut dire, et nous voilà bien avancé, c’est qu’on en sait toujours plus que certains, et souvent encore moins que d’autres...et inversement.
On scrute et dans le Callejon, on commence à chercher les gens que l’on connaît,
« lui ? il est là cette année ! je croyais qu’il était fâché avec Casas ? »
« Mais Casas il s’en fout, il  ne connaît pas tous les porteurs du sésame… »
« Non, ce n’est pas vrai, Casas il contrôle tout, il dirige tout… »
« tu crois ? non ! et puis  je n’en sais rien. »
et ce qui est sûr, c’est que lui aussi il s’en fout de  nos états d'âme grandiloquents et un peu simplets, voire stéreotypés, du haut de nos gradins. Pour lui , cette corrida, c’est un chapitre, une page, dans tout un programme, une partie d'un tout, qu’il a concocté, avec le sens du spectacle, une espèce d’alchimie secrète et intuitive et un peu de roublardise et de culot... et au bout du compte certains lui reprochent d'être trop business et de n'être que ça. Un peu comme si on reprochait à Johnny de ne chanter que pour l’argent. Ou à José Tomas de ne pas venir toréer dans les arènes de saint Vincent de Tyrosse … idiotie ? non ?
Alors, on gamberge toujours, et on se demande, comment on fait pour devenir Directeur des arènes… quel diplôme, y–a-t-il un diplôme es direction des arènes ? Et combien ça gagne un directeur des arènes, et un torero ? un alguazil ? et les chevaux, ils sont à qui ? Tiens, cette année c’est Philippe Heyral et pas Bonijol, que c'est il passé ? rien peut être... on ne sait pas ? Bonijol, il est ailleurs, sans doute ? est-ce qu’il y en a d’autres cavaleries en France ?
Et cette corrida qui n’en finit pas, on continue à partir et on pense à L’expo au Cheval Blanc de Kelli Bedrossian, ses toros venus de Goya, de Crète et de légendes imaginaires, à ses immenses toreros chamarrés et joyeux, comme une fête…  On se demande pourquoi Ribot , O , T… on pense aussi au livre de Anne Deniau ou Ann Ray, on ne sait pas exactement son nom, il faudra lui demander… Anne (ou Ann ?) et ses photos des hommes qui ne la regardent pas parce qu’ils ne pensent qu’à ce toro qu’il faut soumettre..  et qu’elle nous donne le temps de regarder, tranquillement, immobiles dans leurs mouvements et leurs regards concentrés entre doute et détermination.
On pense à tout autre chose et encore et encore et lorsque s’achève enfin la course, on se reprend à espérer celle du lendemain et toutes les autres à venir… pour ne pas gamberger, on l'espère.

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Published by Emma Falubert
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commentaires

Thibault 25/07/2009 10:42

Dans la série des bons bouquins - taurins - évidemment, vient de paraître le très utile et très complet “250 réponses à vos questions sur la tauromachie“ aux éditions du Gerfaut... à recommander