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2 septembre 2012 7 02 /09 /septembre /2012 11:46

lorenToreografia.jpgIl n’aime pas que l’on dise de lui qu’il est un peintre taurin. Il trouve cela réducteur et incomplet. Il a raison, Loren est un artiste plasticien, et la tauromachie est un de ses sujets, un de ses terrains de jeux. Un prétexte pour se confronter à la limite, aux limites, pour les explorer, les réinventer, les questionner, les bousculer… Parce qu’il sait que L’art depuis les Ménines pose la question des limites et de notre place dans des espaces cernés, ces champs finis et limités par définition. Les Ménines de Vélasquez interrogeaient sans jamais donner de réponses, les limites de l’espace social, des convenances, de la représentation, de la place de l’art, du cadre lui même, du sujet, du pouvoir etc.… autant de mystères insondables en forme de quête infinie et fondatrice… Lui, notre artiste, Loren, est né à Boulogne, errant pendant longtemps un peu partout, entre Paris, le sud de la France et l’Espagne, il est aujourd’hui Sévillan d’adoption, de cœur et de conviction, et pour l’heure Arlésien des arènes. Toujours et partout, il les a cherchées les limites : non pas comme ça, par bravade gratuite ou goût de l’émotion facile, mais parce qu’il veut y vivre des expériences, qui permettent de mieux se connaître et de mieux appréhender le monde… à une époque, il les a cherchées dans le Ruedo, en voulant être torero… c’est vrai, mais heureusement il ne le fut pas, l’aventure n’avait pas été possible, pour mille raisons inavouables, évidentes ou juste un peu idiotes. Il en a tout de même gardé la conviction que ce qui le faisait vivre était cette quête de la limite, dans tous les domaines… et parce que, depuis le temps, il a appris que ces limites sont désespérément introuvables, parce qu’enfouies, cachées, et inaccessibles, il en cherche d’autres, les siennes, en invente et en imagine sans cesse de nouvelles qu’il présente comme d’autres possibles à partager. C’est toujours cette quête qui le poussera à s’enfermer seul avec un toro pendant trois jours et trois nuits à Vic, il y vivra un moment improbable, unique. Il a inventé aussi la « toréographie », où il traque la trace des gestes de grands toreros. Parfois, on le voit encore dans les ruedos… on sait aussi qu’il participe secrètement à l’élaboration d’un projet limite,  fou, surréaliste, avec d’autres cinglés passionnés et joueurs, où il est question de trafiquer des peaux de Toros, mais au nom de l’amitié, du secret défense, de l’envie de jouer, il n’en dira rien, il ne dit pas grand chose, il travaille sans cesse.

L’homme est un être paradoxal : à la fois bavard bruyant parfois, et silencieux taciturne, d’autres fois ; il est aussi secret et très pudique que très exposé, (on le voit partout, tout le monde le connaît ( ou croit le connaître) et il connaît tout le monde)… Encore ado,  toujours enfant, adulte quand il faut, il peut être aussi philosophe, sage, profond et sans discours, pour panser… ces douleurs et soulager un peu ses manques qu’il ne sait pas dire, et qu’il ne dira pas, jamais. On les devine malgré tout derrière cette jovialité communicative, et son doux sourire lumineux qu’il trimballe courtoisement, comme pour cacher ses blessures secrètes…

Alors, l’artiste, à Arles, pour la Goyesque, c’est bien cette quête qu’il va présenter, là sur le sable doré du ruedo. Dans un geste artistique inédit, hors du commun, démesuré, hors limite, (comme avant lui Christian LACROIX, Jean-Paul CHAMBAS, Lucien CLERGUE, FORMICA, Ena SWANSEA, Claude VIALLAT), il reconstruira objectivement une limite… dans un jeu de couleurs, de planches, de traces de faenas, réelles ou imaginées, il marquera cette lisière ultime et habituellement si banale, si sécurisante, qu’on ne la voit plus, cette barrière qui nous sépare nous les simples terriens du drame solaire et fondamental qui se joue devant nous entre l’homme et les Toros… ce cercle symbolique d’où au fond tous les toreros rêvent de sortir, pour le triomphe… parce que pour eux aussi, ces artistes, il s’agit d’explorer les limites et d’aller au de là, là où ne pouvons, nous ne savons pas à aller et où l’artiste Loren nous invite à le suivre.

Rendez vous le 8 septembre dans les arènes d’Arles et le Ruedo Newton sera bien sur amicalement à ses côtés.

Emma

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Published by Emma Falubert
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