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1 mai 2013 3 01 /05 /mai /2013 20:58

J’aurais du me méfier : il est arrivé avec le cheveu bien peigné, le T-shirt ridiculement agressif, les socquettes trop blanches pour être honnêtes et une batterie d’affiches de propagande d’un autre âge. Il a déplié les affiches, distribué des revues, des DVD en souriant  sans méchanceté apparente, plutôt même une certaine affabilité bien feinte et un air de premier de la classe, donneur de leçons qui sait manier l’embrouille avec dextérité et asséner ses menteries avec une mauvaise foi de charbonnier bricoleur. (Bricoleur, c’est le mot, il s’est bricolé ce qu’il prétend être une pensée avec d’étroites et partiales vues de l’esprit et des interprétations libres déterminées à l’heaune de ce qu’il veut démontrer). Bricoleur dans une impasse, donc, il trompe son monde avec l’habileté d’un beau parleur qui n’écouterait rien d’autres que ce qu’il a à dire. Il n’argumente pas, il assène, répétant sans cesse sa rengaine sans nuance et sans équivoque. Il ne laisse aucune ouverture et bétonne le tout à coup de sentences moralisatrices.  Il tronque, arrange et juge, pour défendre sa cause comme s’il voulait faire de l’intolérance, une religion qui pourrait sauver le monde de la barbarie. Un comble !

Une demi heure, c’est (trop) vite passé, du coup, il y a beaucoup de choses que j’aurais voulu mieux dire… par exemple que la tauromachie est un art,  et que, peu importe l’endroit, les toreros sont des artistes, parce que l’art, celui là ou un autre, est universel et ne supporte aucune frontière. Rappeler que la corrida n’est pas un délit, que personne ne peut s’ériger en bon guide du bien, ni se prétendre au dessus des lois, en juge ou en censeur…  J’aurai voulu lui parler des jeunes et des valeurs de la tauromachie… évoquer la disparition de la race en cas d‘abolition, et lui répondre sans discuter qu’aucun éleveur ne garderait pour la boucherie des bêtes qui par nature, se battent entre elles et finiraient par s’auto détruire ; lui apprendre que l’élevage de Toros de combat n’a pour finalité que d’éléver des Toros pour le combat dans l’arène… (lui expliquer en guise de métaphore, que personne n’entretient une pelouse pour de temps en temps mettre en compost l’herbe coupée…) ; lui dire qu’il devrait aller se promener  au campo, aller à Séville, à Madrid… que les Toros hantent les mythes et l’esprit des hommes depuis la nuit des temps, que nous avons besoin de cette confrontation ; et cette incongruité qu’est ce combat d’un homme et d’une bête est fondamentale dans le monde lisse et balisé d’aujourd’hui, qu’il y a mille différences entre les hommes et les bêtes, et que c’est tant mieux… J’aurais voulu encore avoir eu le temps de lui dire qu’une naturelle de José Tomas peut avoir la force et la beauté d’une ligne d’un Tapiés ou la profondeur d’un bleu de Miro… Lui dire que de nombreux artistes s’y régénèrent et y trouvent du souffle et de l’inspiration. Lui dire aussi qu’il y a sur les routes , des accidents, certes regrettables, mais que l’on n’en  supprime pas pour autant l’automobile et la circulation. J’aurai voulu parler de la mort… de son statut dans la société d’aujourd’hui, des questions qu’elle suscite et des réponses que nous n’aurons jamais. On aurait pu encore parler de cet art, qui est aussi un art de vivre, plutôt qu’un art de faire mourir. J’aurais voulu qu’il soit capable d’entendre la discussion l’autre jour à Beaubourg entre Barcello, Wolff et Espla… et oui.. Où  Espla, entre autres, a parlé de son art avec jubilation et profondeur, comme il toréait, … expliquant qu’il recherchait sans cesse cette espèce de grâce indicible, que seul le toreo peut permettre, quelques fois, très rarement…

J’aurais voulu lui expliquer qu’on ne pouvait construire un monde avec des anti, quels qu’ils soient, qu’on ne peut vivre en étant contre quelque chose et en proférant des interdits… et que par nature, il faut toujours être pour autre chose…parce que la vie !! Je lui aurai démontré si j’avais pu qu’en ce qui nous concerne, nous ne sommes pas ce qu’il voudrait que l’on soit, bourreaux , tortionnaires, assoiffés de sang, bien au contraire, le combat que nous aimons est un combat pour la vie, et que nous ne sommes ni pour ni contre, ni anti, ni pro, nous sommes juste des vivants, parce que la vie, parce que la mort… et que ça n’est pas si simple.

Je n’ai pas eu le temps, entendu les avis, mis la jambe, reçu la charge, mais pas toujours eu le duende, ni trouvé la distance, devant  cet homme qui vocifère des inepties, ne construit rien, veut juste détruire, et  n’avance rien qui puisse arranger notre capacité à vivre ensemble…

C’était l’autre jour sur un plateau TV, enregistré dans les conditions du direct, par la chaine Numéro 23, et ce sera diffusé ce dimance 5 mai à 20h30, dans le cadre de l’émission « Dimanche Hondelatte » avec Philippe Soudée, votre serviteur, président du Club taurin Paul Ricard de Paris, le Ruedo Newton, et Jean Pierre Garrigues président du Crac.


Philippe Soudée

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Published by Emma Falubert
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