Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
10 octobre 2014 5 10 /10 /octobre /2014 00:51

Hier soir, au Ruedo Newton, Joselito Adame blessé, était remplacé au pied levé par Diego Urdiales, Zocato ayant fait diligence.

08102014-prise-de-vue-sans-titre-1952.jpg

Photo Eugénie Martinez ©

 

Paul Hermé dans sa chronique du 23 septembre dernier disait de lui qu’il était « infravalorado », … « Sous-estimé » ! et bien après son triomphe au Ruedo, nous pensons tous qu’il avait vu juste le Paul : on doit dès maintenant compter sur ce torero qui aura sa place dans des cartels de prestige.

Un signe : Le Ruedo pour l’occasion affichait  No Hay Billetes ! avec du beau monde dans les gradins : 08102014-prise-de-vue-sans-titre-2029.jpgJean Pierre Hédoin, président du prestigieux Club Taurin de Paris dont les socios étaient venus en nombre, des membres de la Quérencia, de Culturaficion, des représentants de la Pena Romeria de Lyon, le retour de Patrice Bornand en grosses formes, la présence des Centaures eux aussi faisant le poids, de nombreux jeunes aficionados tout en minceur et en élégance, la souriante épouse de Julien Lescarret, de mesdames et messieurs… et puis et puis… j’arrête parce que certaines mauvaises langues qui n’en ratent pas une,  vont encore dire qu’à Paris nous sommes très people… trop people… Peut être ! Mais à vrai dire, on s’en fout, nous étions tout de même plus d’une centaine… juste pour rappeler que l’Aficion Parisienne est bien vivante et plus que jamais plurielle. D’ailleurs, Diego n’était pas un inconnu pour la plupart  d’entre nous. Nous l’avons vu couper une oreille énorme à Madrid, Dimanche dernier. Oreille de poids, la deuxième étant restée au Palco sans doute parce que Madrid n’est pas présidé par Daniel Jean V. (que l’on salue) et qu’on attendait peut être trop du deuxième toro, qui lui n’a pas voulu… Beaucoup se souvenaient aussi de son alternative, ou de son triomphe à Vic en 2013, et encore de Mont Marsan et de Dax, cette année… Torero sous-estimé, donc, mais en grande forme et à la croisée des chemins, pense Zocato, lui aussi en en grande forme. À la croisée des chemins parce que maintenant, et là où il en est, tout peut et tout doit arriver, le pire mais surtout le meilleur. Il le sait le torero, affuté, sur le qui vive, en permanence prêt à tout mais pas à n’importe quel prix, ni n’importe comment.

Quand il vous serre la main, pointe déjà cette générosité sincère et sans concession. Tout de suite on sent cette humilité véritable qui n’exclut pas l’orgueil ni l’ambition. Il vous regarde droit dans les yeux, avec ce rien d’inquiétude dans le regard,  celle de ceux qui veulent aller plus loin, plus haut surtout… et qui savent que c’est difficile mais possible… L’homme n’est pas un bavard, il déteste les effets de manche, alors Zocato va s’arrimer et « creuser » parce qu’il ne veut pas en rester là, dans l’ordinaire d’une conversation

de bistrot. Il veut nous faire comprendre ce qu’il y a en plus ou en moins chez ce torero, lui faire exprimer sa différence… Cette différence avec sa tauromachie presque à l’ancienne, exigeante et peut être moins spectaculaire, moins à l’esbroufe,  centrée sur la mise en valeur du toro. Un toreo fondamental, pure et simple, sans chiqué, fondé sur des naturelles lentes et soyeuses, des derechazos énergiques et templés… et avec la distance, la bonne, celle qui permet au toro d’exister et pas seulement de mettre en valeur les « toreadors » et leurs trop répétés « tournicoti tournicota »  que l’on voit dans tous les ruedos aujourd’hui… même de la part des plus grands,… Zocato a donné les noms, je ne les répéterai pas, faut pas exagérer, je ne veux pas d’histoires.. 

ZOCATO-1965-N-B.jpgAlors dans cet échange qui se tisse progressivement en profondeur, il a fallu pour le bordelais, beaucoup donner, beaucoup parler, beaucoup expliquer, et savoir attendre le bon moment parce que l’essentiel ne se dévoile pas aux premières questions venues. Il faut la patience des mots en folie et en drôlerie de Zocato pour obtenir l’approbation, la complicité et la confiance du torero d’Arnedo dont ce n’est pas l’exercice préféré. Mais petit à petit, à force des longues passes millimétrées, de détour tout en grâce maline et en finesse souriante de Zocato, maître absolu de cette parole légère mais plus en profondeur qu’on ne veut bien le croire,  sans virer

 

photo Eugnéie Martinez©

 

jamais à l’interrogatoires de police,  cette vérité indicible et secrète a fini par émerger au détour d’un sourire, s’est glissée entre le « je ne sais quoi et le presque rien » que Zocato sait débusquer…  comme il sait attendre patiemment les palombes du côté de Pissos..  

Et ça a marché, ce fut efficace mais c’est vrai qu’il a fallu du temps, pour  découvrir et apprécier l’homme et cette tauromachie tout en lenteur et en courbes patientes, à la fois  en rondeur et en amplitude… et le torero  a fini par se livrer avec ces mots hésitants, et précis à la fois… ses silences sans calcul, en suspension, ses murmures en forme d’aveux… comme dans une interview de Modiano, modeste, humble, hésitant et sincère… mais aujourd’hui prix Nobel de littérature, excusez du peu… ( désolé pour la diversion, mais il y a un air de famille entre les deux… allez y voir… une littérature qui ne se montre pas, qui ne fait pas style et pourtant qui est là, incontournable, fondamentale et d’une lenteur appliquée et efficace pour aller à l’essentiel…

mais je suis d’accord  c’est une autre histoire… mais je ne peux pas m’en empêcher, désolé… les vertus du telescopage on en reparlera une autre fois )

Et le petit miracle, c’est qu’à la fin, on a senti et partagé une réelle et forte complicité, entre les deux, et avec nous dans les gradins…

Parce que ce qu’ils ont en commun Zocato et notre invité c’est cette capacité d’engagement qui n’empêche pas d’être lucide, cette sincérité qui n’exclut pas la roublardise, et cette maîtrise de la distance et du tempo, mine de rien… alors ce ne fut jamais spectaculaire, jamais ennuyant, non plus, et pourtant nous sommes parvenus à partager une certaine intimité, la vraie celle du cœur, comme on partage un secret…

C’est aussi pour ça qu’on est sûr maintenant que le torero qu’on a vu Dimanche à Madrid, est largement sous estimé et qu’il est de la trempe des grands !

Après nous avons diné et ça a continué, on a discuté de l’avenir… Lucide et plein d’espoir mais sans illusion tapageuse, le maestro nous a remercié et a évoqué « les bonnes ondes » du Ruedo… les bonnes ondes de ce Mercredi soir, au Ruedo avec Vincent qui avait permis d’aller à l’essentiel, à sa façon si particulière de jouer avec ses bons mots,

L’essentiel et la vérité vous dis,je…

et ce n’était pas que des mots : ce matin le téléphone de Diego a sonné : il va remplacer Finito de Cordoba, dimanche à Saragosse ; au Cartel Enrique Ponce et Talavante !

Diego a appelé Vincent pour le remercier des bonnes ondes, du Ruedo…

à la croisée des chemins, on vous le disait…  

Suerte Maestro ! Merci Vincent, Merci à tous ! et on se retrouve très vite.

08102014-prise-de-vue-sans-titre-2051.jpg

toutes les photos sont d'Eugnéie Martinez ©

 

 

 



Partager cet article

Repost 0
Published by Emma Falubert
commenter cet article

commentaires