Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
25 octobre 2010 1 25 /10 /octobre /2010 00:04

« La critique est aisée et l’art est difficile », mais en déambulant dans les allées de la FIAC, on pouvait, sur le coup un peu sceptique, être tenté par un facile et soulageant : « l’art est si facile que la critique semble impossible ». En fait, nous aurions exprimé par là un certain désarroi, face à des œuvres déroutantes de simplicité absconse ou d’une obscure évidence. IMG_1304.jpg

Des œuvres qui nous échappent parce qu’on ne parvient pas à les comprendre mais que l’on prétend, tout de même, les juger (ou plutôt les condamner), même si à l’évidence du sens nous échappe et nos émotions s’absentent , (ou inversement)… Mais est-ce parce que les intentions de certains artistes apparaissent en fait si lointaines de nos opinions communes et de notre (bon) sens commun que nous devons prétendre les refuser et ne pas profiter des décalages et des ruptures qu’ils nous tendent en forme de perches pour nous aider à « avancer » dans ce monde chaotique ? C’est pourtant ce que nous sommes toujours tentés de faire, en toute bonne foi, et peut être même parfois avec un brin d’arrogance satisfaite ou de satisfaction arrogante, selon les tempéraments et les circonstances. Sans doute, parce qu’il n’est peut-être pas facile d’accepter l’esprit de liberté et de tolérance d’un courant d’art que proposent à notre curiosité les artistes contemporains dans ce genre de manifestation. Et que pour y voir plus clair, plus loin que le bout de son Lagarde et Michard d’histoire de l’Art , ou au de là d’un horizon borné à l’aune de ses préjugés et de ses acquis soi disant innés, il faudra oser la balade dans les tours, détours et autres contours de l’art contemporain, et d’y accepter qu’il ne s’agisse pas là strictement de comprendre et de raisonner ! Il s’agit résolument et définitivement d’autre chose : il s’agit de se mettre à l’écart, légèrement de côté, ou plus résolument au dessus, carrément en dessous ou de toute façon ailleurs pour regarder et voir autrement… d’aller « sur d’autres terrains », là où je ne peux aller seule, parce que la force de l’habitude, la limite de mes connaissances et de ma curiosité… D’aller là « où personne ne sait aller », y aller différemment, et sortir du discours convenu et des pensées « prêtes à porter ». S’interroger sans cesse, et respirer un autre air, un plein air ou un air libre, trop « m’as-tu-vu » ou plus discret, un air du temps, ou un air de famille ou un drôle d’air, un air gentil, méchant, ou un air de rien, ou vibrer à une couleur impossible, une forme improbable, ou palpiter à une autre sensibilité que la mienne, celle d’un autre, incongrue, inconnue, et secrète… Mais aussi de sourire, de pleurer, de rêver et de s’émouvoir, et puis encore d’éclater de rire, et au bout du compte de partager, un autre point de vue,  sans rien dire, et de s’enrichir non seulement de ce regard de l’autre et de ce qu’il me raconte secrètement, pour mieux voir et mieux vivre le monde… vraiment…l’art contemporain pour mieux vivre, simplement…

Alors, dans les allées, au cœur du foisonnement et de la respiration des œuvres, on sent petit à petit le souffle de la création vous titiller, vous emporter et vous réjouir… et même si je n’ai pas tout compris, j’en sors un peu transformée, à la fois plus légère et plus riche… et ça vous n’y pourrez rien et c’est tant mieux…

Et si on osait le rapprochement… avec l’art du toreo, ce moment incompréhensible, cette situation incongrue, où deux êtres vivants qui sous le regard de milliers d’autres, s’affrontent pour produire de la beauté et, quoi qu’on en dise gagner leur vie… et la nôtre… N’y a t il pas, en effet, autant d’incongruité, de mystère et de force, là, au milieu de l’arène, dans cette œuvre furtive et violente, en train de se faire ou de se défaire, de se chercher ou même de ne pas se trouver, que dans une œuvre provocatrice de « Louise Duchamp ou de Marcel Bourgeois »Capture-d-ecran-2010-10-24-a-23.58.41.png (si vous voyez ce que je veux dire ?) ou même dans les œuvres de Isabelle Cornaro et Benoît Maire, les deux lauréats ex aqueo pour le 12e Prix Fondation d'entreprise Ricard, ou d’une symphonie de Mozart ou d’une ballade de Dusapin ?

Et si on osait encore… si on osait donc se dire que l’incompréhension dont nous faisons l’objet de la part de certains, tenait plus dans cette  même tentation évoquée précédemment, qui consiste à ne pas accepter cette sorte de décalage dynamique, créatif et néanmoins incompréhensible qui est la vertu première des œuvres d’art. Et si leur haine hystérique venait tout simplement du refus de ce vertige absolu de l’œuvre en train de se faire, et de la crainte absolue et féroce de cette incongruité mystérieuse et complexe que recèlent toutes les œuvres d’art, y compris l’art du toreo ? N’est-ce pas donc cette incongruité brutale, cette secousse créative et puissante, qui semblent les déboussoler, plus que la peur de voir la mort en face ?

Réflexions à suivre, en tout cas…

Au cours de cette promenade, en passant du Grand Palais à La Cour Carrée du Louvre, on croise quelques connaissances, outre Michael Merolli, Christian Gaillard… c’est un autre héros, grand amateur d’art et de liberté, s’il en fut, qui nous permettra de conclure avec un

« La critique est Thésée… et l’art du toreo n’est pas si facile… » et en tout cas, au vue de cette œuvre on ne peut que constater qu’il s’est bien affiné, depuis sa naissance au creux des arcanes labyrinthiques et crétoises… IMG 1338

Et dans ce clin d’œil taurin et mythique, on verra bien la preuve que l’art depuis la nuit des temps n’a cessé de se transformer, pour mieux nous transporter, évidemment et nous transformer aussi ! et c’est tant mieux…

Partager cet article

Repost 0
Published by Emma Falubert
commenter cet article

commentaires