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3 avril 2011 7 03 /04 /avril /2011 18:36

Matin du 2 avril, les poissons sont partis jusqu’à l’année prochaine, ciel bleu sur Paris, belle journée ensoleillée en perspective. Temps idéal pour une balade. C’est le printemps, je repense à une phrase de Pablo Neruda «  le printemps est inexorable… » Inexorable, à cette heure matinale : les oiseaux qui gazouillent, les arbres qui bourgeonnent, et l'air si doux, qu’il est comme une première caresse…  « Inexorable » aussi parce qu’il symbolise le renouveau de la vie, de la nature, de la terre et il marque le début de la temporada... Mon fils m'accompagne, du haut de ses 9 ans, il n'a pas encore pris conscience de ce qui l'attend. Il va assister à un moment si rare qu’il va le marquer à vie. C'est sa première corrida et le veinard, la tienta privée, à laquelle nous sommes invités, avec Tomasito qui deviendra matador de toro, dans un futur très proche. Pour moi c’est comme un songe éveillé, une impression fugitive entre panique et excitation, je me pince pour y croire. Qui ne serait pas pris de ce frisson, d' une appréhension secrète au moment d' aller assister à une première fois ?

A la gare, sourires aux lèvres, les voyageurs du week end ont adopté le "dress code" de saison et s'empressent de rejoindre les quais qui vont les envoyer plus au sud.

Pour nous, destination Arles ou plus précisément les arènes de Gimeaux.

Le TGV s'étire lentement puis s'elance à vive allure vers cette ville d' Arles que je chéris tant. J'aime les veilles pierres des édifices et des maisons qui portent en eux la gloire passée de la cité, les bords du Rhône où au fil de l'eau le paysage urbain se transforme. J’aime l'allure faussement désabusée des gitans dont les sons emplissent les rues à la belle saison ; j’aime l'accent qui chante au détour d'une brêve de comptoir autour d' un ou plusieurs Ricard ; j’aime l'hospitalité nonchalante et sincère des Arlesiens qui m'ont adopté moi "le parisien" comme ils disent en appuyant sur le "ien".

Et quelques rêves somnolés plus tard, Nous y voilà, les arènes champêtres de Gimeaux sont plantées au milieu de nulle part. Des happy fews étrennent et y trainent leur bonhomie naturelle, des enfants courent en criant, de jolies brunes s'avancent le pas léger et l'allure désinvolte, le tout dans une ambiance chaleureuse qui vous fait oublier ce foutu réveil qui à sonner à 6h00 un samedi matin.  Le comité d' accueil vient à notre rencontre, sérieux et légèrement inquiet et tendu ou concentré. On nous explique le concept : Permettre à Tomasito de préparer son alternative. Pour cela, Ils ont crée un collectif éphémère, chargé de l'organisation de plusieurs tienta en collectant des fonds, en mobilisant les énergies et les bonnes volontés. Oui, force est de constater que dans notre monde ou le repli sur soi est monnaie courante et l'individualisme galopant, l'être humain est imprévisible et le passionné généreux. Il soufflait sur ce coin de Camargue un élan de solidarité formidable avec un seul but à partager : préparer l' Alternative d' un des leurs, Un fils d' Arles.

Tomasito ne s'appartient plus, il est l'enfant prodigue de toute une ville, la fierté locale et qui sait peut-être la future figura qui saura s'élever au de là de l'ombre du clôcher de l'église Saint Trophime...

Le voilà au centre du ruedo, il porte une tenue de campo, il est mince, l'apparence chétive, le visage émacié, l'attention suspendue aux portes du toril qui vont libèrer l'animal. L'expression de son visage me renvoit au souvenir du grand, de l'immense Manolete...Premieres passes à la Cape et son élégance naturelle s'impose, il y a un côté envoûtant à suivre ses gestes minutieux et son toreo quelquefois hésitant, parfois fulgurant et toujours appliqué et généreux.

Il s'est appliqué face aux deux toros de Tardieu, sous le regard bienveillant et exigeant de Paquito LEAL qui lui souffle  la posture idéale et murmure ses consignes.

Timide, humble, disponible, il se prête à toutes les sollicitations n'oubliant pas d' illuminer son visage tourmenté de ce sourire triste qui le rend si différend et tellement plus attachant.

Entouré par sa famille, ses amis, ses admirateurs et tout ceux qui étaient là pour le soutenir, il était seul et il se taisait. Je le regardais en me disant que de cette solitude naîtra peut être la beauté dans ce qu' elle a de plus étrange et de plus profond.

La route vers les triomphes et la puerta grande est longue, c'est une lutte quotidienne et harrassante, une vie faite d' obstination, d' abstinence, de perseverence que tous les apprentis matador ne sont pas tous capables de supporter longtemps. Mais ont-il d' autres alternatives ?

Cette balade transitoire vers la gloire raconte beaucoup sur la vie d' un jeune homme dont la métamorphose se lit sur les lignes qu' il trace avec sa muleta.

Et nous sommes rentrés le soir, plus tout à fait les mêmes et nous serons au rendez vous à Arles...

 

Suerte Tomasito

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Published by Maurice Bouzemarene
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