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11 juillet 2014 5 11 /07 /juillet /2014 15:03

À chaque fois, c’est la même chose : dans un de ces trains qui roule à grande vitesse, je digresse, je m’éparpille et je me laisse aller… je n’y peux rien, c’est comme ça et au cœur de cet infini travelling entre là d’où je viens et là où j’espère revenir, j’ai vraiment le sentiment que ces interrogations fondatrices qui me relient au réel et entretiennent le lien social, comme : « quelle heure est il ? à quelle heure on mange ? Mais bordel comment s’appelle ce type qui me salue et demande des nouvelles avec gentillesse et empressement ? Comment s’appelle cette autre jeune homme qui ne me regarde pas mais que je connais, c’est sur ? Quel chemisier, vais-je bien pouvoir mettre demain matin pour aller voir ma meilleure amie qui pense toujours que je suis l’amie d’un président d’un club taurin parisien ?  Où ai-je mis mes clés ? » se délitent… En effet, dans cette situation, ces questions ont l’étrange vertu de se dissoudre à la grande vitesse du TGV. Elles laissent alors place à d’autres questions plus  inutiles, totalement et prositivement embarrassantes, et abusivement incongrues comme…

« Qu’est ce que la vie ? Et que fait-on là dans cet enfer ?  Comment en sortir ? Qu’y puis je ? Qui suis-je ? Et comment s’en sortir ? S’il faut en sortir… À quoi ça sert ? Qu’est ce qui sert à quoi ? à quoi bon ? Qu’est ce que l’art ? Et pourquoi ? »

Digressions imbéciles ? Superflues ? Essentielles ? Qui sait ? Personne justement !

Alors profitant de cet état nébuleux et provisoire, je tente de déchiffrer quelques mystères  auxquels les rencontres de la vie m’ont confronté ces derniers temps. Si j’osais d’ailleurs, je résumerais l’esprit de ma quête par une autre vaste et énigmatique question « Pourquoi quelque chose plutôt que rien ? »

Et là comme d’hab, nous voilà bien avancés. Allons y tout de même…

Pourquoi donc cet ami de Zocato a voulu publier cet artiste Hubert de Watrigan, pourquoi un si beau livre ? Pourquoi vouloir montrer et partager ? Peut-être simplement pour l’inutile beauté du geste et l’irrésistible amour de l’art… ? je ne sais et peut être lui non plus…

ou encore pourquoi notre gaucher chroniqueur, qui en a tant vu, a su garder cet enthousiasme qui le fait apprécier la parfaite technique et la belle maîtrise d’un Juan Bautista, parvenant à sortir le toro de sa léthargie (relative) et à construire une faena d’anthologie… Pourquoi là ? à éauze ? Pour Marcel et ses amis ? Pour Guillaume et sa bande ? pour la musique des Armagnacs ? pour moi toute seule ? pour lui ? pour rien ?

Et pourquoi Adame, venu du Mexique se bat-il comme un beau diable pour exister et faire exister ces toros ? Pourquoi, à la fin prend-il le risque d’un « recibir » foudroyant ? Et pourquoi son sourire éclatant et si radieux lorsque nous l’acclamons nous touche au plus profond ? 

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PHOTO SEBASTIEN LAPEYRERE

 

 

Pourquoi cet autre très jeune homme, reçu au Ruedo il y a quelques jours, semble si tranquille et, comment dire, si évidemment toro ? Pourquoi les critiques ne semblent pas l’atteindre ? Pourquoi ILS ne comprennent pas qu’elles sont infondées ? Comme si on pouvait reprocher à un torero, plus tout à fait enfant et pas encore tout à fait homme, de ne pas se comporter comme un adulte et un maestro accompli ? Pourquoi certains vont même jusqu’à dire que son manque d’assurance serait due à la peur ? Alors qu’il s’agit probablement d’une vraie humilité sans doute maladroite et d’une lucidité naturelle encore mal maîtrisée… Il n’y a pas de vérité absolue, bien sur, mais lui, Michelito, le petit torero en devenir, sait secrètement que la vérité, à la fin, ce ne sera pas celle des mots et des grands discours  de tous les vaniteux « sachants » mais plutôt celle de ses passes, de ses placements et de ses coups d’épées…  Et il continue lui aussi à sourire doucement…  On imagine qu’il sourit à la vie… va savoir…

Pas de réponse, autant de mystère, Rien ne sert à rien, sans doute, et dans ce train de retour grande vitesse, ce qui est sûr, c’est bien que l’essentiel de l’ordinaire ordonnancement des choses si rassurant se délite sans trouble, un peu comme se déferait la rosette de la chaussure, ou les lacets de mes corsets, laissant le pied libre et le buste aérien et plus souple aux entournures… et merde, je divague… Encore ! Et on va une nouvelle fois me le reprocher… mais dans ce TGV, débarrassée de mes improbables certitudes et de mes illusoires vérités, je m’en fous, j’assume les télescopages qui m’alimentent l’imaginaire. j’y retrouve mes émotions celles que je cherche sans cesse dans ces activités fondamentalement inutiles que sont l’art, la poésie, la littérature, ou la tauromachie… partout où semble se nicher sinon la vérité, au moins un peu de cette authenticité qui met bas les masques et permet de se coltiner véritablement aux mystères de la vraie vie.

Et dans ces TGV du retour qui me chamboulent tout, j’ai à chaque fois la rassurante certitude que je vais recommencer...

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Published by Emma Falubert
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