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25 mai 2010 2 25 /05 /mai /2010 00:20

Capture-d-ecran-2010-05-24-a-23.30.38.pngRevenir à l’essentiel, mais en passant par le superflu et l’excès… Le superflu, ce qui est en plus, en trop : trop de manières, trop de gomina, trop de fanfreluches, trop de couleurs, trop de superficialité, trop, beaucoup trop de trop… Alors certains ricanent, parce que, peut-être, cette surabondance, (cette débauche pensent certains) cacherait quelque chose de pas très net, de creux… et que « la vraie tauromachie, ça n’est pas ça, non, monsieur ! et que, pas besoin de tous ces atours et ces airs empesés de tristes sires, pour affronter des toros, oui madame ! »…

ou Parce que «  Drôle de dégaines, ces drôles d’oiseaux là… » «  Il paraîtrait même que… » et là s‘inventent des histoires, idiotes, saugrenues et fausses, pour la plupart… qui sans le savoir construisent la légende… Encore l’excès, comme s’ il y avait besoin d’en rajouter, pour que les deux se singularisent.

 Mais en même temps, ils sont là, les détracteurs et les septiques. Bien sur, il y en a avec la gueule en biais, ou le casque à boulons, vissé juste au dessus des yeux en bernes ou vitreux, ou les deux. D’autres ont le rire bruyant et braillard, comme si la nuit les avait rendus sourds, ils hurlent et les blagues à deux balles, fusent, on s’esclaffe, fatigué mais satisfait et quelque fois avec un petit air supérieur, voire condescendant pour ceux qui n’en sont pas… Les plus affamés ou les plus prévoyants ont amené le gueuleton et le vin frais pour continuer la fête et calmer les manques… Refaire les niveaux comme on dit. De leur coté, les ayatollahs ne sont pas venus, ils avaient mieux à faire ou peut être ont ils refusé le combat d’arrière garde… Quoiqu’il en soit, l’humeur est lègère et ensoleillée, comme un dimanche matin de Pentecote, et tous discutent, des fois sans méchanceté :  il y en a un plus superficiel que l’autre, et l’autre plus caractériel que l’un, un plus ceci, et l’autre plus cela…

Bref, (il faut faire court, ok Bernard) Et puis donc, il y a tous les autres, venus pour voir et qui ne disent rien, paradoxalement raisonnables et rationnels. Ils sont venus aussi pour l’affiche et parce que peut être… peut être que… Parce qu’on y croit tout de même… Bien sur, on a tous un peu peur de ce qui peut se passer ou plutôt, ne pas se passer… On le sait, et au fond, on aime cette incertitude… parce que sinon… sinon…  sinon rien, juste la vie ordinaire… mais c’est une autre histoire, justement… On craint tout de même de ne rien voir bien qu’ il y ait tout de suite à voir … il y a le costume et cette « femme qui pleure », et l’autre, carmin et noir… deux chefs d’œuvres, déjà, à partager d’entrée de jeu… deux costumes qui semblent démoder tous les autres,  tout du moins, là, maintenant, dans cet instant, sous le soleil de ce dimanche… On commence donc à y croire un peu et  pour revenir à l’essentiel, et c’est bien là l’essentiel, malgré, ou au contraire peut être à cause de ce superflu qui brille comme une promesse, on commence à attendre le pire et pas forcément le meilleur… mais faut vraiment y croire pour tenir parce que 7 toros plus tard, ( excès encore) il ne s’est rien passé de plus qua dans une bonne corrida… Morante, confiant, a dominé les débats et brillé et Conde a essayé…

Et là, pour ce dernier toro, on ne sait plus, très bien ce qui peut se passer, et, comme l’autre jour avec Aparicio, sans trop pouvoir analyser pourquoi ça devient imperceptiblement différent, et petit à petit, la beauté comme une évidence. Et il y a cette chaise, et on va commencer à comprendre que c’est bien dans l’excès et la transgression que le monde avance, et que les chefs d’œuvres se construisent… Quelque chose en plus, quelque chose d’excessif voire d’interdit, d’inattendu, une espèce d’incongruité réjouissante, construite sur une maîtrise parfaite, un dessin classique, une mélodie connue…mais qui par la grâce d’un artiste, nous emmène bien au de là de ce qui est connu et déjà reconnu. Arte !

Un peu comme lorsque Glenn Gould réinterprétait Bach : il a à peine 20 ans, lorsqu’il s’attaque aux variations. Tous les grands l’on déjà fait, merveilleusement bien, et on l’attend au tournant. Et le jeune homme, arrive dans ce studio d’Ottawa avec une chaise, sa chaise ! une chaise pliante, très particulière, le mettant  très exactement à 33 cm du sol, bizarrement dans une position interdite, en tout cas improbable avec les épaules à peine plus haute que le clavier… imaginez… et on connaît la suite.

Alors, Bien sur que ce n’est pas la chaise qui a fait le chef d’œuvre, bien sur !  ni pour Morante ni pour le pianiste canadien, mais ils ont en commun de ne rien faire, à la perfection, comme tout le monde, ils ont en commun de réinterpréter les classiques, d’être artistes et pas seulement interprètes, d’être dans l’excès, la singularité et la recherche permanente de la beauté et de la vérité…

et depuis Dimanche Matin, ils ont en commun, et pour toujours, cette chaise ! (celle de Gould est au musée de Ottawa). Il semble que Signe du toro l’ait retrouvé. Alors pourquoi ne pas l’exposer au Musée des traditions taurines de Nîmes ?

Juste pour rappeler que la beauté passe parfois par de très inattendues trajectoires… et que c’est tant mieux ! parce que c’est pour cette raison que l’on continue à aller aux corridas (malgrè les mauvais toros de Lundi après midi, les ratages de Ponce à la mort, la perte du Sitio de Castella,) que l’on écoute sans cesse Glenn Gould, qu’on regarde toujours Picasso, Tapiès et Miro, qu’on regardera encore aussi des matchs de Rugby, que l’on pourra relire Proust, Tintin, les poèmes de Laugier et les nouvelles du Prix Hemingway, pour y  repérer ces moments de grâce qui font la différence et au bout du compte nous font vivre et aimer ça !

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Published by Emma Falubert
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