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29 mars 2013 5 29 /03 /mars /2013 11:42

IMG_3078-copie-1.jpgLa tauromachie est une quête,  une drôle de quête parce qu’on ne sait jamais ce qu’on vient y chercher, jusqu’au jour où… c’est ce que raconte Casas dans son dernier Opus, « La corrida Parfaite ».

Il y évoque cette longue quête, la sienne, qui au fond quoi qu’on en dise, est aussi un peu la nôtre… Cette quête en trois temps, « Parar, templar, et Mandar »… en  forme d’énigme qui nous anime, nous enchante ou nous terrasse, ça dépend des jours, des hommes et des Toros. Une quête où l’on s’obstine, sans trop y croire, on y traine « une éternelle mélancolie ». C’est là tout le mystère et le propre de l’Art : tenter de nous faire approcher quelque chose qu’on ne connaît pas, « le cœur secret des choses », pourrait-on penser ou espérer, et puis petit à petit et à force d’à peu près, de vaines exaltations,  de déceptions, de courage ou de lacheté, on cède à « la culture de l’action » ou on « s’engouffre dans celle de la contemplation » et toujours en quête de conquêtes, on se demande ce qui remplit le plus la vie… on finit par se dire que tout « ça » est une histoire de distance et on ne renonce pas, on espère toujours et encore… On fait des coups, on parade, on cherche l’autre sans le vouloir, ou sans pouvoir, on fait des rencontres, on se montre, on se cache,  on s'enfuit, ou on se met à courir pour la gloire… À chacun sa vérité, et on se met à toréer la vie, tous les jours, tout le temps, on cherche cette harmonie impossible dans une « naturelle lente enchainée à une trinchera qui rase le sable », … on rêve de fortune et de gloire et on cherche, on cherche encore et sans jamais rien trouver toujours, et surtout pas le bonheur…

Et puis un jour, quelque chose se passe, la grace vous tombe dessus, un matin à 11 heures, un type et six Toros ; et là, ce que l’on cherche depuis toujours aussi indéfini,  ténu et mystérieux, se pointe, et c’est évidemment le jour de votre vie, la corrida du siècle, vous y étiez , vous n’y étiez pas, ça n’a pas d’importance, chacun la sienne, la tienne ou la mienne… La grandeur de ce  livre est d’être au delà de ce moment, parce qu’il raconte la vie et ses téléscopages, il dit les écarts, les malentendus qui petit à petit éloignent et à la fin les routes qui divergent…  il repense à mille choses, aux mille autres choses, parce que la tauromachie est un art qui bouscule questionne, sans jamais répondre, parce qu’en fait la réponse est enfouie en soi et qu’elle explose là au soleil des évidences simples du génie de Tomas sur la piste. Alors, il se penche sur les petits riens si pesants, tellement encombrants, les vieux papiers, anciens carnets, vieilles ou futures  correspondances. Il y fait les comptes au propre comme au figuré, ( mais voyeur, passez votre chemin, vous ne saurez pas le cachet de Tomas ) il se souvient des grands desseins éperdus qui vaille que vaille l’ ont tout de même amené là où il est. Il raconte aussi simplement les ingrédients du miracle mais sans donner la recette, il ne l’a pas, et lui la grande gueule, l’assoiffé de puissance, se fait humble, discret, sobre pour tenter de dire la vérité vraie, simplement sans esbroufe, comme José Tomas, « sans artifice, aucune outrance, aucun geste superflu » parce que ce type devant des Toros a tenté l’impossible, a  trouvé ce que l’on cherche sans trop savoir pourquoi, ni comment, parce qu’il a su et osé « dominer publiquement l’incertain » et alors tout s’éclaire et prend du sens, le sens de la vie. C’est ce que Casas raconte, ce qu’il a compris le jour de la corrida du siècle : «  que la réalisation de soi est l’aboutissement des imperfections de l âme » et que lui le bavard si disert, le bretteur des mots, en percevant, étrangement et si nettement « l’écho harmonieux du silence » qui l’unit pour toujours à Montcouquiol, il a perçu que ce silence fondamental, n’était pas « une vacuité du dire, une impasse verbale, une improductivité de l’esprit »… mais sans doute l’expression du souffle de leurs vies croisées, frôlées et irrémédiablement liées. La corrida de José Tomas fut un chef d’œuvre parce qu’il y avait tout ça, que Casas en artiste a su le voir, le dire et en faire aussi un grand livre en forme de faena littéraire... parfaite…

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Published by Emma Falubert
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