Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
22 juin 2014 7 22 /06 /juin /2014 15:31

Nous sommes tous pour la grâce !!!

 

IMG_1771.JPGParis est une fête … on le sait depuis qu’Hemingway y traina ses guêtres, qu’il aurait pu avoir blanches, mais ça l’histoire ne le dit pas… toujours est-il qu’il y a quelques jours, nous étions 13000 personnes à nous retrouver pour une drôle de fête, sur 6 des plus beaux ponts de Paris… 13 000 invités surprises, avec ou sans guêtre,  mais tous habillés en blanc ; et sans que l’on sache trop pourquoi, ni comment, ce fut un moment étonnant de grâce partagée…

Parce que la grâce se partage, c’est même ce qui la caractérise : ce sentiment individuel qui se vibre au plus profond secret de nos âmes sensibles, donnant à chacun le sentiment d’être unique… et s’épanouit à l’infini au cœur indéfinissable d’une multitude anonyme et plurielle… confirmant à tous que nous ne sommes pas seuls à être uniques...

Mais qu’est-ce donc que cette grâce qui se nourrit de ces paradoxes et après laquelle il semble que nous courions ?

On ne sait pas. C’est de l’ordre du miracle et du mystère de la vie, sans doute un de ces moments où le chaos du monde semble dominé et s’éclipse dans une harmonie enfin réinventée… là sur ces ponts envahis de ces cohortes blanches, il y avait ce quelque chose réinventé, de l’ordre de la poésie urbaine, celle qui s’écrit avec les mouvements de foule, sans la lourdeur,  sans le vacarme imbécile, dans un climat apaisé… luxe, calme et sinon volupté, on sait se tenir, une espèce de douce bienveillance, presque silencieuse et comme lumineuse, une foule, pour une fois, calme et belle, pas trop bête - (rien à voir, donc, avec la foule hystérique, ignare, braillarde et sans grâce du lundi de pentecôte dans les Arènes de Nîmes, comme si on devait changer des toros sous le prétexte qu’ils sont faibles… mais là encore c’est une autre histoire… ) Une foule joyeuse et facétieuse, où les femmes sont belles, les hommes élégants… et les enfants absents… le rêve ! Une foule pour partager le bout de gras ou de foie gras, parce qu’on ne prête qu’aux riches, riches juste de cette envie d’être ensemble gratuitement et de vivre ce moment improbable où le savoir vivre se réinvente le temps d’un dîner en ville, le cul non pas entre deux chaises mais entre deux berges, dans cette espèce de no man’s land au dessus des plis chaotiques, agités et bruyants d’une ville étonnée, étonnante… et pour une fois peine de grâce…

Paris est une fête, encore et toujours ! Un peu plus tard, nous fûmes un peu plus nombreux, nous étions 80 000,  au Stade de France, autour d’un petit groupe de musiciens. Ils ne sont que 4 ou 5, IMG_0240-copie-1.JPGça dépend, mais en tout cas depuis plus de 50 ans, ils nous balancent leurs rengaines électriques et électrisantes dans un délire de décibels maitrisés… et là encore, c’est une autre espèce d’état de grâce… Le chaos du monde ne se domine pas de la même façon… Il semble même qu’ici, cela soit tout le contraire, on s’approprie le vacarme, les douleurs et les manques ( « I can’t get no… ») et ensuite c’est une question de rythmes, de riffs, de blues et de Rock and roll… et comme sur le pont, quelques jours avant,  on la ressent toujours cette vibration intérieure et secrète, au creux de vieux souvenirs et d’expériences anciennes et on y communie avec les autres, venus pour les mêmes raisons que nous autres : cette certitude paradoxale d’être unique et différents, tous ensemble… la grâce est un mystère, je vous dis…

La grâce toujours, à Paris, quelques jours plus tard, ailleurs dans le 16 ème arrondissement, au Ruedo Newton. Nous ne sommes plus qu’une quarantaine, et avec nous, ils sont trois à nous rendre visite…

Il y a Zocato, celui qui avec ses mots, ses formules, son humour, son expertise et sa sensibilité nous fait « tutoyer la part des anges » et quelque fois un peu plus. Il est là en complice, en ami et sa générosité va nous permettre de vivre un grand moment parce que les deux autres on pouvait s’en méfier… On n’est jamais à l’abri d’une imposture ou d’une idée mal reçue… c’est ce que l’on se dit, ou doit se dire, à chaque fois qu’on s’emballe, un peu trop vite à l’ombre du clocher de Saint Trophine et que triomphe un jeune inconnu tout auréolé d’une gloire autoproclamée par son clan…

Donc, il y a un torero, Michel Lagravère… au début on pouvait se demander qui il était ce type qui sourit si facilement, parce qu’on ne sait pas trop … est-ce un imposteur ? Un manipulateur ? Un mytho ? Non !  Rien de tout ça,  simplement, un passionné sans concession, qui a choisi de se construire une vie, et une belle, en partant ailleurs, non pour fuir mais pour vivre autrement et librement. Mais d’entrée de jeu, au paseo, on voit que ce type est allumé, complétement ! Mais au bon sens du terme. Il a en effet dans l’œil la lueur et la belle étincelle de ceux qui vivent leur vie à deux mille à l’heure … une flamme sympathique aux plis rieurs de ces yeux qu’en ont vu d’autres. Il y a la fois de l’ironie gentille et la générosité sans esbroufe, et au fond beaucoup de gentillesse, celle de ceux qui n’ont pas de compte à rendre… parce qu’il est toréro, donc, un vrai, qu’il a plus de 650 corridas de toros à son actif, une forme de record pour un français. Il raconte, et on l’écouterait des heures. Il a vécu sa vie à fond, comme une aventure à partager, sans frime, sans compromis et en toute indépendance… Un type dont on peut dire qu’il a le génie du bonheur ! Un monsieur qui transcende les genres : père, mentor, mari, show man, torero, héros, star, apodérado , il est tout ça en même temps, n’en déplaise aux vertueux et aux pisse-froid. Il a réussi son coup et sa vie, le bonhomme, en état de grâce en permanence et véritablement habité par la passion. Et c’est communicatif, parce qu’il aime rire, qu’il est généreux, droit, qu’il ne triche pas, tout en ayant le sens des formules.

Un grand monsieur qui ne se la raconte pas comme on dit mais qui mériterait qu’on la raconte son histoire… ça en revanche on en reparlera…

Le troisième bonhomme, il est plus petit, plus discret, plus jeune, plus silencieux. Cela n’empêche pas non plus les rumeurs  et les pires, il y en avait… « singe savant », « fils à Papa », « usurpateur », « émigré clandestin pour échapper à la loi française »… et j’en passe… Alors Zocato qui connaît le cas du père et celui du fils, ce Michelito, matador de toro, s’adresse à lui comme à un grand torero. Parce que le petit est un grand, en fait, un grand et vrai torero, une figura presque, en tout cas en devenir… Ses réponses sont d’une force, d’une intensité, d’une vérité qui étonne… subjugue… d’un calme sans affèterie, sans calcul, beaucoup de sincérité et de vérité… des connaissances aussi, comme un torero d’expérience, il en sait plus que beaucoup sur les toros « américains » et ceux du vieux continent, les publics aussi, les pièges, les promesses, les rêves… iI parle aussi de la vie à Mérida, un  paradis sur terre, loin des idées reçues, confirme son père… Mais c’est dans le ruedo qu’il étonne aussi ce torero, dominateur, et gracieux… Ce qui frappe, c’est qu’il a le sitio naturellement et une vision qui lui permet d’anticiper… il n’a que 17 ans, plus un enfant et pas tout à fait un homme, et malgré tout, torero. Il ne veut pas devenir torero comme d’autres : il l’est, simplement, mine de rien et depuis toujours… à deux ans il torée le chien, à 6 ans il estoquait sa première vache… c’est sa vie depuis toujours. Loin des toros, il s’ennuie… quelquefois, il regarde le foot, ce soir là, il y avait un Brésil-Mexique, avec un goal mexicain qui joue à Ajaccio… (vu son match et les résultats des corses, il va vite aller voir ailleurs ce héros d’un soir). IMG_1807.jpgLe garçon jubile, 0 à 0, c’est presque une victoire… un beau match engagé où les brésiliens n’ont pas réussi à faire la différence… Ils leur manquaient quelque chose… l’enthousiasme et l’engagement, alors Le « petit » jubile » il vient nous rejoindre, il a les deux, l’enthousiasme, et l’engagement. Il est décidemment d’une sacrée trempe… et à la fin lorsque Zocato lui pose la question de la mort… il répond avec un calme étrange et souriant…

« Elle viendra, bien sur… elle vient toujours, je le sais… on doit tous le savoir » et il éclate de rire, désarmant, grandiose, philosophe, sensé… quelque chose de cette grâce dont on parlait plus haut, l’habite naturellement, ET encore autrement…

 

un torero en état de grâce qui regarde religieusement Brésil Mexique !

Voilà grandes leçons de vie… en route vers la grâce… et peut être qu’un jour il réalisera son rêve : donner l’alternative à son frère plus jeune avec un autre torero…son père comme témoin… on peut rêver, c’est aussi ça les vertus de la grâce…

On retrouvera le père le fils et le sain d’esprit, Zocato, à Eauze le 6 juillet…

En ce qui nous concerne, Prochain rendez vous du Ruedo Fin septembre…

On vous tient au courant

En attendant , de grâce, portez vous bien !

Partager cet article

Repost 0
Published by Emma Falubert
commenter cet article

commentaires