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9 mai 2014 5 09 /05 /mai /2014 12:04

La tauromachie est une histoire de rencontres, toujours !

Le 5 mai, belles rencontres encore une fois d'abord avec Bruno Doan, Lauréat du 3 ème prix Livre & Aficion remis par Dominique Perron et Philippe Soudée, au directeur fondateur de Atelier Baie pour l'ensemble de son remarquable travail.

Le jury a voulu récompenser celui qui d'abord par amitié a accueilli la page de Jacques Durand en exil de Libération mais aussi tout le travail éditorial mené avec passion depuis plusieurs années. Le site d'Atelier Baie permet de retrouver tous les ouvrages remarquables que Atelier Baie a osé avec beaucoup d'à propos, de générosité, de créativité et de talent.

A noter que Atelier Baie a aussi été récompensé par ailleurs cette année pour le très bel Opus, "Bernadette Lafont, une vie de cinéma" que nous vous recommandons que vous soyez ou non amateur de la fiancée du Pirate...

 

Autre rencontre... avec Un phénomène ! Disions-nous juste avant... Une énigme, aurions-nous du écrire... c'eut été plus juste... plus approprié... Imaginez un type qui défend, que dis je qui porte,  depuis plus de dix ans les couleurs de l'Aficion avec son excellente émission "Tendido Sud" et qui arrive en vous racontant qu'il fut autrefois Anti-taurin convaincu... mais que par honnéteté intellectuelle il n'accepta pas le Diktat ni les mensonges des antis... et fut propulsé presque malgré lui, au Palco des Arènes de Béziers, a accompagné en musique les toreros un jour où Nimeno 2, était au cartel... Il souleva sa casquette de l'Harmonie dont il était membre et à jamais fut pris sous le charme de la grace du Nimeno 2 et de tous les autres... et pour notre plus grand plaisir devint un aficonados convaincu et convainquant... on connait la suite...

Une énigme, donc, venue de la presse écrite ce qui explique aussi son talent de plume mais qui ne l'empeche pas d'être bon, en direct sur un plateau à voir chaque mercredi et à revoir à la carte avec les nombreuses rediffusions.

Il a eu la gentillesse de nous redonner l'édito qu'il avait préparé pour sa venue à Paris... nous vous le livrons avec plaisir... lisez le attentivement, c'es tune petite perle...

 

"En m'arrêtant à la page 756 d'un Larousse d'écolier, je me suis replongé dans la définition d'un nom masculin, tiré du grec phaïnomenon, signifiant "ce qui apparaît". Interloqué par la prose d'Emma Falubert et son titre d'un « Phénomène au Ruedo Newton », j'ai essayé de décrypter le pourquoi de ce qualificatif. Si j'ai été flatté, dans un premier temps, de la définition d'une "personne originale ou remarquable pour ces dons", mon ego a rapidement été remis à sa place par l'acception suivante évoquant "un être qui offre quelque chose d'anormal ou de surprenant, comme un phénomène de cirque".

 

Mesdames et messieurs bonsoir, bienvenue ce soir sous le grand chapiteau du Ruedo Newton, sur la musique de la Piste aux étoiles, Philippe, notre monsieur Loyal, va vous présenter un « phénomène » : plus fort que les siamois indubitablement réunis, plus mobile que l'homme-tronc avec disque dur intégré et encore plus poilu que la femme à barbe, je suis heureux ce soir d'installer mon modeste Barnum entre les boulevards chers au Baron Haussmann.

 

Il est toujours plaisant de pouvoir répondre à l'invitation d'un club taurin, surtout si celui-ci est implanté dans la plus belle ville du monde... Nul besoin d'expo universelle et de ferraillerie imaginée par Gustave Eiffel pour célébrer une corrida dans des arènes qui furent le rendez-vous de bien des maestros. A ce titre, je suis toujours assez admiratif de la passion et de la patience dont tous les bénévoles et nombreux aficionados que compte la capitale font preuve pour maintenir vive une tradition, une identité, une culture.

 

 Diplômé de conservatoire, clarinettiste de vocation, je n'ai jamais brillé en matière d'arts plastiques. Veuillez donc bien m'excuser si ce soir je ne me risquerai pas à une représentation des Aurochs, immortalisés dans la plus taurine des salles de la grotte de Lascaux. En lieu et place de peinture, je vous conterai une petite musique de nuit, patiemment apprise avant de jaillir sous un soleil estival, était-ce le songe d'une nuit d'été, et être l'un des déclencheurs d'une entrée en afición. 

 

Un long cheminement entre arènes et partitions, entre toros et carnets pieusement conservés, entre toreros et images à jamais gravées dans ma mémoire. La passion pour le Toro Brave s'explique difficilement. Elle se vit. Chacun d'entre nous raconte sa propre histoire car elle est unique, au même titre que l'Animal qui nous réunit inconsciemment ce soir. "Chaque toro est un monde" disait le maestro Antonio Ordóñez. Je pousserai plus loin le romantisme de ce commentaire en affirmant que "chaque aficionado est une page du Grand livre d'histoire de la Fiesta Brava". Celle-ci a ses codes, ses réglementations, ses chapitres : mais les formes d'expression, d'écriture, de style sont si diverses qu'aucun grammairien n'oserait entamer un traité d'Afición idéale.

 

Parce qu'elle est plurielle, passionnée, parfois irréfléchie, mais toujours sincère dans l'affirmation de ses convictions, l'Afición a besoin de tous ses contributeurs. Toutes ces petites mains qui pianotent fébrilement sur un clavier à l'heure du café pour savoir ce que José Tomás a fait à Juriquilla, si Diego Ventura a bel et bien obtenu sa neuvième Porte du Prince à Séville ou si le funeste Nicolas Demorand a bel et bien été mis à la porte de Libé par les membres de sa propre rédaction.

 

Libé justement et son quart de siècle de page taurine, la tauromachie et sa médiatisation, les discussions de salon de rédactions parisiennes qui, tous les 15 août, croient en l'illumination incarnée lorsque revient dans leur esprit le plus original des marronniers. Sur l'autel de la pensée unique, aseptisée, conceptualisée et totalement ankylosée, le scoop fait son apparition dans les colonnes de votre canard favori : "pour ou contre la corrida ? Doit-on supprimer les ferias ? La tradition taurine est-elle légitime ?"

 

Les questions pertinentes ne manquent pourtant pas : "les amis des animaux n'en font-ils pas trop ? Doit s'inquiéter de la montée des mouvements véganistes ? L'anti-spécisme est-il un danger pour l'humanité ?". Que les anciens cadres de la place du colonel-Fabien se rassurent : le ministère de l'Intérieur n'a, pour l'heure, relevé la présence d’aucun militant du CRAC ou de manifestant du Front de Libération Animale devant les locaux du célèbre quotidien fondé par Jean Jaurès.

 

Des médias qui ont appris à évoluer, en fonction des modes et des pensées, pour traiter un sujet bien plus profond qu'il n'y paraît. Alors si ce soir il sera forcément question d'images pour un public averti et connaisseur, que j'avertis au préalable : le logo -10 n'apparaîtra pas ; vous posséderez donc une grande liberté, chers parents, celle de ne pas recevoir d'ordre de la part du CSA, qui aime bien se substituer au rôle des géniteurs... A l'époque de la bien-pensance pour tous, nul doute, le carré blanc, c'était mieux avant.

 

Alors avant d'offrir nos libations au dieu Taureau, si possible les plus jaunes possibles, et dans ce cas précis ça ne porte pas malheur, n'est-ce pas monsieur Perron... je tenais à vous remercier pour votre invitation.


Puisse cette soirée nous permettre de partager un bon moment d'afición et de convivialité, dans l'expression personnalisée d'un art majeur, celui de Birlibirloque, comme se plaisait à l'écrire José Bergamín. Cette expression idiomatique qui signifie que cet art est arrivé sans que l'on sache comment, comme par magie, par enchantement. Selon l'aphorisme cher à Bergamín, Birlibirloque est l'art de mettre et de retirer.

 

Un art vivant, un art de passion mais aussi de frustration ; une discipline faite de science, de patience et de magnificence, qui peut illuminer une vie d'aficionado sur le long chemin de la connaissance du Toro, où vous croiserez certainement des Parisiennes, chantées pour leurs petits nez et leurs chapeaux, sans aucun doute des Madrilènes qui vont aux arènes pour le torero, et peut-être... un phénomène venu goûter l'aventure parisienne au soleil de votre Ruedo !"

 

Christophe CHAY

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Published by Emma Falubert
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