Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
23 avril 2010 5 23 /04 /avril /2010 12:59

Capture-d-ecran-2010-04-23-a-13.24.06.png1928 quelque part vers Cordoue, Manuel Laureano Rodríguez Sánchez, 11 ans, rêve secrètement d’être torero.

1928, Paris, a deux pas du Chat noir de Bruant et de Caran d’Ache, des passionnés créent le studio 28. Luis Bunuel  y projettera « l’Age d’or » en 1930.

A chacun ses arènes et ses toreros !

Plus t ard Jean Cocteau, l’aficionado poète, qui emmena souvent Bardot aux arènes, fréquenta l’établissement, y dessinant même des lustres improbables, qui n’ont rien à envier aux designers contemporains.

Avril 2010, Manolete, le Ruedo Newton et 80 curieux, sont là, dans ce cinéma mythique, le Studio 28.

Le Studio 28, une salle, pour toujours, d’une autre époque, et c’est tant mieux…

Manolete, un film, à jamais, d’un autre temps, et c’est tant pis…

Tant pis pour ceux qui n’y voient qu’un navet, qu’il n’est pas tout à fait. Tant pis pour ceux qui n’y sentent rien que les effluves d’une eau de rose, pour midinettes. Tant pis pour ceux qui penseraient que c’est un film totalement raté ! Tant pis pour les journalistes qui n’ont pas voulu en parler et au public qui n’a pas voulu suivre…

L’affaire est plus complexe. D’abord, il y a le générique et les 30 premières minutes. On ne sait pas trop où on nous emmène, ni par où, mais on suit, et, à un moment, on y est. L’Espagne des chromos et du « sens tragique de la vie ». L’Espagne des costumes croisés et des mômes qui habitent des rues grouillantes et bruyantes, Cette Espagne, tiraillée et exsangue...

Cette Espagne d’une certaine littérature taurine, celle, critiquable mais incontournable, qui nous fait (encore) rêver. Des « Arènes Sanglantes » de  Vicente Blasco Ibáñez, (1908), en passant par les Bestiaires, de l’Henry de Montherlant, en 1926 et puis l’incontournable et énorme Ernest Hemingway, avec « Mort dans l'Après-midi » , en 1932, (bien avant L’été dangereux) et le toujours excellent, (si, si, je vous assure) « Sang et lumières », de Joseph Peyré, Prix Goncourt 1935, tout de même. Il y a tout ça dans le premier tiers de film…

Et puis, Il y a cet homme fragile, déchiré, torero ! Sans doute dépassé par un destin qu’il se construit entre des toros, une mère possessive et autoritaire, des grappes anonymes de parasites, des foules publiques, versatiles et agressives… et cette femme sublime, désirable, et qui en a vu d’autres (et en verra d’autres, bien sur) et c’est ce qui fait son charme, charnel, à la fois ange et un peu garce, sincère et libre en tout cas, à la Sophia Loren…

Et il y a donc aussi, les acteurs, elle et lui, mais aussi tous les autres… Nous y sommes… Mais c’est vrai que, faute de scénario, on s’y perd, vite, et on s’y engonce, mal à l’aise, sans savoir jamais où ça va… Et lorsqu’on y est arrivé, à cette fin qui dure trop, c’est une sorte de catastrophe. C’est fini et il ne s’est rien passé,  au fond, trop simple, voire simpliste et pour le moins gnan gnan et maladroit… Binaire sans aucun doute… En plus, Les Miura n’y sont pas Miura, Dominguin n’y est pas Dominguin, il ne lui manque qu’un jogging pour être de nos temps vulgaires, les invraisemblances de scénario sont là pour nous rappeler qu’il s’agit bien d’une fiction et pour le coup d’une fiction, américaine,  pour midinette internationale…

Un film de midinette ? Un peu ! mais les aficionados le sont tous un peu… Et c’est tant mieux… Mais il y a en filigrane dans ce film quelque chose qui aurait à voir avec le sens, et surtout la conscience de la mort… et c’est peut être un des éléments du film, qui ne le rend pas complètement raté, pas complètement mélo, pas complètement quelque chose d’autre que ce qu’il est, c’est donc cette perspective de la mort, toujours présente, sourdement, notamment dans l’esprit de la bande son, dans ce rythme lent, presque alourdi comme un cercueil, ces images en très, très, gros plans de toros, violents, agités, tueurs. Et  sur le visage du maestro, et de Brody qui trimballe, plus qu’un autre, cette fatalité, sur un visage fermé et mélancolique. Et il y a dans le film, cette présence de tragique et de la mort en permanence. Mais ce qui fait que c’est, tout de même en (grande) partie raté, c’est qu’il n’y a là aucun recul, aucune trace d’une quelconque joie de vivre et autre jubilation, ni sens de l’humour… ni de celui du ridicule. C’est dommage, ce Brody/Manolete semble porter quelque chose de l’effroi originel, que portent, sans doute pour nous, tous les toreros, mais l’ensemble est trop convenu, et nous n’y voyons plus qu’un visage triste.

il y a donc cette bande son, plutôt hollywoodienne, certes, mais élégante et évocatrice, peut être la chose la plus réussie a souligné Francis Marmande, plus Marmande que jamais !  évoquant le mérite de ce film qui réside aussi dans la part de délicieuse et jouissive incongruité qu’il représente, dans nos vies, parmi les gens de la vie ordinaire, qu’on soit ici, entre nous, dans cette salle à Paris, où seul , quelque part en Asie.

Plus Marmande que jamais, tant il a encore su nous emmener, Dieu sait où, ni lui non plus,  sans jamais savoir par où passer, improvisant, avec son air de contre basse à qui on ne la fait plus, des chemins de traverses, l’air de rien, ni  d’y toucher. Alors, pour qui accepte de le suivre, de lui faire confiance, qu’il parle du Roccio, de Romero, de Paquiri, de musique, de littérature ou bien toros, il croise, entrecroise et entrouvre toujours des possibles, crée du désir, propose et dessine des ailleurs, pas si éloignés, puisqu’au bout d’un moment, vous sentez que dans ces espèces de variations inattendues, il vous a menés là où il fallait  aller pour y voir plus clair… et chacun de se trouver sa propre réponse, en toute liberté…  Belle faena du Maestro !

Et puis, il y a eu Anne Plantagenet, passionnée, passionnante qui du coup, en réponse aux doutes de nos amis, a rappelé les vertus de la fiction et remis les pendules à l’heure quant à la réalité des faits. Ne perdant jamais le fil de la vérité historique d’un sujet qu’elle maîtrise parfaitement, elle a replacé le quatrième calife dans le contexte, rappelant les ambiguïtés du personnage, ses tiraillements et ses doutes… Elle nous a rappelé qu’elle avait écrit ce livre parce qu’elle avait été interpellée par une phrase de Manolete qui, peu avant sa mort, avait émis le souhait de retrouver l’homme ordinaire qu’il avait été. Le livre est réussi, parce que sans divulguer, le mystère, on y rencontre un homme qui, sans doute submergé par son destin, se confronte à la mort, pour retrouver sa vérité ou la fuir…

Quoiqu’il en soit, si le grand film taurin reste à faire, il existe de grands livres et ceux de nos deux amis en sont. Il faut les lire et sans doute, faire l’inverse de ce que l’on fait habituellement,  relire celui de Anne, avec les quelques images prégnantes, de ce film, en tête et tenter de comprendre le mystère.

 

Un grand merci à tous pour avoir été là, bien sur, à Anne Plantagenet, à Francis Marmande, à la Librairie des Abbesses, aux éditions du Diable Vauvert (pour avoir réédité le livre de Anne), à Alain Roulleau pour l’accueil, à Baptiste pour les services. Et puis un énorme merci plus particulièrement à l’association des amis de Roman Perrez, sans qui cette soirée du Ruedo Newton, Club taurin Paul Ricard de Paris, consacrée à Manolete n’aurait pas été possible… Abrazos à Maurice et sa bande ! 

Et vive cette collaboration que ne fait que commencer… affaire(s)  à suivre.

 

Et comme dirait Zocato, arènes presque pleines, public de qualité, d’appellation d’origine contrôlée ou de qualité supérieure, Beau temps dans le patio, tous les trophées pour tous. Rendez vous prochainement, au Ruedo, après Pentecôte sans doute… On se tient au courant.

Partager cet article

Repost 0
Published by Emma Falubert
commenter cet article

commentaires

olmer 25/04/2010 20:20


j'aurais bien voulu avoir eu connaissance de cette soirée car j'aurais nettement préféré avoir vu manolete au studio 28 que dans la triste salle des montparnos...
je trouve que le film est honnête, il a ses moments! penelope cruz y est magnifique et j'aime bien le côté mélodrame funeste... ne dîtes pas de mal des mélodrames d'ailleurs car on a vu beaucoup de
chef d'oeuvres de ce genre dans l'histoire du cinéma (sirk, minelli entre autres). par contre c'est sûr que tauromachiquement c'est un peu "irréel"!
olmer
cinéphile aficionado du montparnasse


Emma Falubert 26/04/2010 00:10



donnez moi votre mail et je vous enverrai les news du club taurin le Ruedo newton


philippe soudée


président du Ruedo Newton