Mardi 8 mai 2012 2 08 /05 /Mai /2012 11:07

 

« Ni pour, ni contre, bien au contraire ! »

Cette expression n’est pas la traduction civilisée et moderne, du « p’tet ben que oui, p’tet ben que non », bien connue des normands et qui rend bien des services lorsqu’il faut se défiler sans en avoir l’air…  Non, en fait, c’est le titre d’un excellent film de Klapish, d’actualité, parce qu’il ne vous aura pas échappé que Dimanche soir les français ont choisi un nouveau président…

Alors, soyons prudents ! « ni pour, ni contre, bien au contraire !  » mais relevons tout de même que des esprits chagrins (ou lucides, ça dépend de quel côté on se trouve), à cette occasion, se risquent à prédire, très surs d’eux, une série de catastrophes inévitables évidemment, qui nous mèneraient tout droit vers l’enfer…  et de te promettre, à coup de facebook, de tweet et de renseignements bien renseignés,  l’horrible chaos des grands soirs de panique, un peu partout, comme  aux frontières, dans les régions, dans les banlieues, aux centres de nos villes, dans les usines, partout ! et toutes ces débâcles de s’accompagner de fatidiques et funestes écroulements de toutes les bourses ( ?!), de néfastes fuites de capitaux, de calamiteux désordres sociaux, et, cerise sur le gateau, Poutine s’étant acheté une conduite et les communistes de l’Est n’ayant plus de couteaux à se mettre entre les dents, certains accompagnent cette apocalypse de l’arrivée de chars Nord-Coréens à nos portes…

Si si , je vous assure, « Pis que pendre », disait mon excellente grand mère dans ces cas là ;  mais elle ajoutait, malicieuse et méfiante… «  il n’y a pas de fumée  sans feu, ma fille »,  pour se rassurer et me faire  assimiler l’expression de ses fantasmes et de ses peurs à de l’information objective, raisonnée et de source sure ( sic) ( paix à son âme, tout de même,  je ne suis pas une mauvaise fille ), et tout cela sans rire, tout du moins, sans humour, bien au contraire…

Alors, au fond,  moi non plus, à mon tour, je ne rigole plus : Non, « ni pour, ni contre, bien au contraire », et ne pas se tromper de rubrique, et prudemment, dire qu’on ne fait pas de politique, que ce n’est ni le moment, ni l’endroit…

Mais n’empêche, il s’est passé  quelque chose dimanche soir, et avant cette fin du monde annoncée, profitons de ce moment de répit ( certains appelle ça, l’état de grâce, mais là encore comme précédemment ça dépend sur quelle rive on se trouve, (la touche avait ripée et j’avais écrit ça dépend sur quel rêve on se place… comme quoi…) pour oser s’offrir une réflexion en forme de courant d’air, l’histoire de s’aérer la tête, après toutes les émotions de ce dernier weekend ( et là, quels que soient les rêves qu’on s’octroie, on en a tous eues des émotions, bonnes ou mauvaises, vous en conviendrez ) - réflexion à partager en attendant les chroniques futures de ces désastres annoncés…

Il est vrai que les aficionados sont habitués à ces annonces du pire, et ce, sans que l’on ait besoin de leur faire peur avec un nouveau président catastrophe…

Nous, nous avons en effet  le privilège et la particularité de les avoir en permanence, nos accusateurs et nos pourfendeurs professionnels...

Et nous sommes servis : d’un côté il y a les anti taurins qui ne peuvent admettre que notre passion est légale, légitime et au patrimoine nationale et qui nous accusent d’être des tortionnaires, de nous délecter devant la souffrance animale, et de ne pas être en phase avec le bon sens, animal… et ses droits (et ses devoirs ( ?)). Et, mine de rien, ces obtus à la courte vue et à la pensée étroite, parviennent à nous faire culpabiliser, « va donc te dépatouiller avec ces bons sentiments et cette vision du monde « bambinisé » assénée de bonne foi… », « va tenter de partager la moindre  impression de la beauté et de l’émotion qui nous submergent parfois, avec ces gens avec qui on sait que toute discussion est impossible, si on ne se range pas de leur avis. »

 Autre temps, autres mœurs, dit on, pas si sur : « autre temps et la bêtise et le sectarisme, n’ont pas changé » : autrefois l’inquisiteur, au nom de la sainte morale, ne procédait pas autrement - ou tu t ‘alignais à la doctrine ou tu disparaissais violemment…

Et de l’autre, donc, chez nous, au sein même de notre « système »,  de notre microcosme,  nous avons nos  propres inquisiteurs, nos prêcheurs d’apocalypse, ceux qui savent et qui condamnent en permanence,  ceux qui crient au loup, sans relâche : rien ne va plus,  jamais et depuis toujours, (ajoutant paradoxalement c’était mieux avant), et de fustiger à tour de bras et de chroniques… les Toros sont foutus, les éleveurs sont des fripouilles, les empressas des escrocs incompétents, quant aux toreros, ils sont si vénaux  qu’ils ne sont plus que de sinistres canailles à mettre à l’index ( inquisition toujours…) et ne méritent plus que l’opprobre et l’indignité…

Voilà, entre ces deux tendances, bien sur, il y a des pires que je préfère, et avec qui je pourrais être plus indulgente, mais, n’empêche…

Bien sur, on en conviendra, il faut être prudent, et raisonnable, il y a eu 81 et toutes nos désillusions, mais ne serait il plus permis d’espérer ?… et est on obligé sans cesse d’être sous la pression et la crainte de ces "Savonarole" et ces Buchers des vanités, (où comme à Florence, les vanités seraient tout ce que l’on a aimé et qu’on pourrait aimer encore… sous prétexte que cela nous pervertirait…) mais au nom de quoi ? de qui ? ces sermonneurs patentés qui nous voient déjà un pied dans la tombe et aux portes de l’enfer, nous promettent-ils le feu, la fin et les cendres ? Au nom de quoi, nous font ils paniquer, culpabiliser et bouder notre plaisir ? Parce que nous ne saurions pas voir et que nous ne serions pas du sérail ? sans doute et alors ! En fait, et pour en revenir à ce dimanche soir, ces pourfendeurs impénitents se comportent comme un président qui brandirait sans cesse la menace de la récession, la menace de l’autre, la défiance de ceux qui ne pensent pas comme… la stigmatisations des fraudeurs, des profiteurs, des Roms et autres étrangers,  qui distinguerait le vrai travail et du faux, ne voyant pas d’utilité de la princesse de Clèves, n’acceptant pas la diversité, et les changements de la société et l’évolution des mœurs… refusant de  voir qu’il y a partout et tout le temps des jeunes qui rêvent encore de se coltiner à des Toros, (et par la même occasion, à des vieux cons dévoués ou d'anciens bienveillants, qui leurs servent de stentors ou de mentors, cela dépend de la voix qu'ils prendront... ces anciens, connes et fortes ou bienfaisantes et sympathiques), des jeunes qui espèrent faire de leur vie un chemin vers la gloire, ou simplement de s’y réaliser, qu’il y a partout des gens qui se dévouent sans compter  pour que des spectacles taurins aient lieu, partout et tout le temps, qu’il y a des toreros milliardaires qui vont encore se risquer la vie, comme ça pour rien, juste pour comprendre un peu plus de quelque chose d’eux même et de nous avec, et pour produire de la beauté, cherchant sans cesse le geste parfait, qu’il y a des gens qui écrivent, pour faire vibrer des histoires, (que nos Cassandre, trop écoutés, ne liront pas bien sur, ils ne se lisent qu’entre eux), qu’il y a des artistes qui œuvrent, des conteurs qui racontent, qu’il y a des jours avec et des jours sans, des éleveurs qui engouffrent des fortunes et des vies entières, pour préserver le monstre, cet incongruité qu’est le toro, que d’autres s’escriment pour que cet espace de liberté d’où parfois émerge quelque chose qui aurait à voir avec la beauté du monde, soit préservé… et que cet « espace » d’expression artistique unique et fragile fait de toutes ces erreurs, de ces recherches de perfections, de ces efforts, ces ratages, ces réussites surprises, ces échecs attendus… ces énergies dépensées, ces bonnes volontés, ces ego mal placés, ces générosités maladroites ou sublimes, continue parce que c’est la vie ! la vie dans toutes ses dimensions perfectibles et inabouties, que tout ça puisse continuer à exister, à se partager parce que des jeunes, des vieux, des fous et des esprits libres dépensent leur énergie sans compter pour que cela dure toujours…

Alors, peu importe, droite, ou gauche,  « Ni pour, ni contre, bien au contraire » mais, tout de même… dans ce monde, taurin, un peu figé, un peu archaïque,  un peu de changement, un autre regard, plus généreux, plus ouvert moins sectaire, ne pourrait que nous enrichir, nous faire tous bouger, et pourquoi pas progresser… et ensemble, on pourrait dire avec le sourire et enthousiasme, quelle que soit l’issue de nos votes… « ni pour… ni contre… , bien au contraire »

 

 

Par Emma Falubert
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