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20 septembre 2010 1 20 /09 /septembre /2010 18:36

Dernières faenas, derniers toros, dernières « râleries », dernières engueulades, derniers enthousiasmes… Les feux de la rampe taurine sont en veilleuse, pour un temps, un contre temps, un mauvais temps, pourrait on dire… (au risque de faire (un peu plus) long, je sais Bernard, mais tant pis, la temporada Française est terminée, j’assume !)

Nos gloires préférées  et leurs destins s‘en sont allés sous d’autres cieux : Madrid ou Séville pour certains, Colombie pour un autre, nous laissant en attente imprécise, loin des terres taurines, contraints à l’exil que nous sommes, pour la plupart.

Et, bien que triste comme les pierres d’un amphithéâtre quand il pleut, on traîne encore, un peu, n’en finissant pas d’en finir… sans doute parce que les rues de Nîmes, ce dimanche soir de septembre, n’en finissent pas, non plus, de s’éteindre tout à fait et on y erre encore, s’y sentant, tout de même, un peu défait… défait comme un lit, désert lorsque la fête est finie et que les amants sont partis…

On traîne, donc, le pas lourd et la nostalgie indécise, … et puis un Ricard et quelques autres, quelques amis en plus, pour un jour, pour toujours, peu importe, qui traînent aussi leurs regrets, des musiciens qu’ont repris du service et qui ne veulent pas remballer, font durer le plaisir, avec un goût de « remettez nous ça » endiablé. L’espoir fait vivre tout de même… On croise alors Marmande, toujours aussi seul ( !?), qui sait décidemment raconter des histoires et pas seulement celle de l’œil qu’il a, pour l’heure, en bataille( quoique ? ou quoi que ? ), on s’attarde avec un François Marthouret, taurin, souriant, lecteur et drôle, « entre deux eaux »,( celles de Michaela Watteaux, pas celles des glaçons dans son Chivas Regall). Il semble chercher, l’air de rien et sans l’avouer, la « querencia » pour ne pas s’égarer,,.

 Et plus tard, Jean Nouvel qui pense tout haut que les barbares (qui eux pensent bas), ne sont pas forcément ceux que l’on croit, et là où l’on croit… se joindra nonchalamment et sans afféterie, à ces traînards fameux.

On parlera encore un peu plus tard  du sang des bêtes, et du sang des hommes, qui ne se mélangent pas, on se dira avec André Viard «  que la véritable barbarie consiste à assimiler le sang des hommes à celui des animaux. La Barbarie, (selon Fernando Savater), n'est donc pas dans ce qui se passe dans l'arène mais au contraire dans les protestations de ceux qui sont dehors parce que La barbarie, consiste à traiter les hommes comme s'ils étaient des animaux. » (repris de l’édito de Terres Taurines du 18 septembre).

Et puis, Il y aura aussi le grand Bornand, entre deux trains, très Patrice, très en couleurs : « L’oiseau VERT » le 10 octobre à Dijon, et Les NOIRS le 15 octobre à Bellegarde, et plus tard, un peu partout…

On retrouvera toujours un Zocato, qui n’en finit pas non plus d’attendre ... la chasse, en reparlant de cette corrida de Dax, El juli, Le Cid et Manzanares)  LA corrida, la meilleure des 10 dernières années, «  une de celles qui nous fait sans cesse retourner aux arènes »…

et plus discret, moins prolixe, Maurice, le sévillan de Bayonne (ou l’inverse) qui n’est plus à un cliché près, évidemment, et préfère les vraies confidences du Mundillo, aux ragots du callejon,

Et donc, dans ces rues désertées, la joie revient, doucement, presque tendrement, comme lorsque les amants se retrouvent et qu’ils ont refait le lit…  

Elle revient comme un nouveau jour, dans cette nuit qu’on indultera pas, même si elle ne semble pas près de mourir… (merci Francis, je te l’avais dit que je te le piquerai)

On se disperse, et plus loin, on prend une table, de hasard, avec d’autres joueurs, ( au Vintage, très, très  bien, mais juste un  trop cher pour une clôture) et il y a du monde : affamé ou angoissé, on a tous la solitude surpeuplée et bruyante, ces soirs qui ne veulent pas finir.

 Il y a là, du monde donc : l’avocate qui s’encanaille avant de retrouver l’excitation plus sévère du barreau parisien.

Il y a l’artiste peintre, foisonnant de délires, d’idées forces et surtout d’une envie d’atelier, encore et encore. 

Un déco qui, contrairement à Morante ou Conde, ne baisse jamais les bras, ne renonce jamais même si les toros sont impraticables et les emmerdes au top. Esprit curieux, affûté, comme un Sherlock, en moins arrogant, plus souriant, du coup, on voudrait bien être son Watson à celui là.

S’il reste des poètes égarés, dans cette nuit qui s’égaye, ils sont là, à cette table, soit en Dandy, souriant et aux aguets, soit en présence silencieuse et bienveillante, soit en belle âme, créative, élégante jusqu’au bout du coeur, mais vacharde parfois, artiste toujours et qui attend son heure, pour estoquer, sans demander son reste... de mauvaise foi et d’ironie tranquille… Il y a là aussi les pourvoyeurs d’icônes rares, enflammés, inflammables, mais qui ne savent pas que Tomas… et d’ailleurs Tomas, quelqu’un sait ?

Alors petit à petit, entre amis, les rues alentours changent d’humeur, avec la nôtre. On oublie les couleurs de l’automne qui sont déjà dans les vitrines éteintes, et malgré cette douceur d’un printemps qu’on se prend à espérer, déjà, on sait bien que la fin de cet été ne fera pas de concession… le polo sera de rigueur, même si ça se réchauffe, au fur et à mesure qu’on rie et qu’on discute de tout et de rien…

On s’égare et on pourfend l’aveuglement de ceux qui n’ont pas vu la très belle faena de Castella, entre les cornes, après qu’on ait retrouvé Ponce, son élégance et sa classe.

On s’énerve en toute sincère mauvaise foi, de la mauvaise foi de ceux qui pensent que Morante n’a pas fait « assassiné » son toro par le piquero, et que le vent ceci et le vent cela. ( en oubliant que le vent soufflait aussi pour Castella)

Cette réflexion va de paire avec la sourde ingratitude des mêmes qui ne veulent pas savoir  que Castella est un type généreux, dans la vie, et dans l’arène, qu’il ne triche pas, parce qu’il ne peut pas et qu’il ne sait pas, ce qui revient au même, et qu’il est juste un peu maladroit, parfois, parce qu’il a plus peur de la foule et des journalistes que des toros braves.

 On repense avec enthousiasme au Juli qui jamais ne renonce, devant tous les toros, les faibles et les durs, les plus sévères et les moins coopérants.

Il y a, à ce sujet, un peu d’inquiétude qui pointe, plus sérieusement, en pensant aux faibles  toros de ce matin sans gloire, ou finalement Morante et Castella chacun dans son style, eurent le geste torero.

On pense  à Curro Diaz qui tranquillement, discrètement et sans chiqué… On le reverra, on l’espère.

Comme d’autres, tous les autres aux quels, on ne pense pas encore, ou plus, ou jamais. Ça n’est pas grave, cette nuit est redevenue belle, joyeuse et on va se coucher tranquille. On a bien fini les Vendanges !

Demain est un autre jour et dans 15 autres jours, nous serons chez Laugier pour d’autres histoires, d’autres passions et toujours les toros…

Parce qu’au fond, même dans ces nuits qui n’en finissent pas, ce ne seront pas les moutons que l’on comptera, mais bien  les toros, sur les quels,  il faudra compter ! Ce sont les toros qui nous font vivre, quoi qu’on en dise, quoi qu’on en pense, alors on y reviendra…

on le sait maintenant à nouveau, comme à chaque fois… parce que au bout de tous les comptes, ça nous revient... que la tauromachie est éternel recommencement !

A tout à l’heure, donc, et  si j’ai entendu les trois avis, Bernard,  c’est effectivement pour rester vivant et y revenir encore et encore… parce que, de mon côté,  je n’ai effectivement que les mots… honni soit qui mal y pense !

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Published by Emma Falubert
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commentaires

Marie-Catherine 25/09/2010 17:33



Chère Emma,


Il n'y a que du beau linge sur ton blog. Où sont les pochtrons anonymes que nous cotoyons de féria en féria, de bodega en bodega ? La solitudes des uns s'explique sans doute par l'incapacité à
frayer avec le vulgaire.


D'un point de vue strictement taurin, je te trouve un tantinet court sur la prestation de Curro Diaz qui a donné LA faena de la feria, devant un très bon toro de La Quinta, qui devrait faire
rougir tous les éleveurs de ces Vendanges, qui avaient amené des lots indigents. Quant à Ponce et à la corrida du samedi, je te donne un extrait de ma chronique "clandestine" :


Samedi après-midi, entrée en lice de Castella, notre torero national, qui partage l'affiche avec Enrique Ponce et le jeune Mexicain Juan-Pablo Sanchez. Personne ne connait vraiment ce dernier, il
est précédé d'une réputation flatteuse, due à son triomphe lors de la finale des novilladas à Madrid. A revoir. Castella a été très bien. Sans des échecs à la mort, nul doute qu'il aurait coupé
plus de trophées. Ponce a été magistral, deux oreilles et une queue triomphalistes, mais nous sommes à Nîmes. Sa faena était de la veine de celle que nous avions pu voir à Palavas, la même
classe, la même inventivité avec des enchaînements baroques, mais la différence de taille est que le Robert Margé de Palavas était une estampe de toro, bien armée et avec une présence réelle,
mêlant caste, bravoure et noblesse. Le Victoriano del Rio du jour ne joue pas dans la même catégorie...


Je t'embrasse.


Marie Ningres




p { margin-bottom: 0.21cm; }


L'été -moultement- dangereux 21/09/2010 21:01



Bien cher Emma,


Apprécié, de juste, votre billet, cependant, pour faire court, deux observations -(Morante se suffit à lui-même sans que je vienne ici polémiquer):


Sur la générosité de Castella d'abord, puisque vous la mettez en exergue, pourquoi ne citez-vous pas également un autre article de Viard (mentionné à propos de Savater) intitulé "Castella rend la
monnaie"?...


Par ailleurs, je vous invite à regarder attentivement la faena de Curro Diaz sur la toile. Je ne doute pas de l'émotion générale ressentie, je n'y étais pas! cependant  permettez-moi
d'attirer votre attention sur un... petit point de détail qui me choque, soit une utilisation abusive puisque constante (!!!) du "Pico" de la muleta.


A chacun ses "toques"


Bien à vous,


J.C.


 



bernard 21/09/2010 12:24



OLE !!!!


il y a des moments où j'espère que ce ne sera pas trop court.


superbe envolée


à bientôt


Bernard



MARMANDE 21/09/2010 10:00


Merci pour tes cartes postales de retour de vendanges, cher Philippe, tes parenthèses deviennent de plus en plus limpides… FM