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3 juin 2012 7 03 /06 /juin /2012 17:30

La tauromachie ce sont aussi des histoires, des belles, des petites, des drôles, des moins drôles, des galères, ou des sublimes, des anciennes pour faire illusions et  des archaïques lorsqu’elles ne sont que du folklore et pas encore du Mythe … et des modernes quelque fois, lorsqu’elles nous touchent tant elles répondent à nos questions d’aujourd’hui… La tauromachie, c’est toutes les histoires qui font nos vies…

Ce  Weekend de Pentecôte à Nîmes en fut encore l’exemple.

La belle histoire de César Rincon ! Racontée par lui même, dans sa simplicité grandiose, avec cette modestie souriante et cette détermination, cette volonté qui le font vivre sans cesse, encore et encore et profiter pleinement de sa vie… d’éleveur de Toros… Et oui et Zocato le fera remarquer, aujourd’hui Rincon pense en éleveur et rêve seulement encore un peu en torero… Une histoire de torero et de toros, donc, entre ombres et lumières, difficultés et triomphes, histoires de patience, et de ténacité, de préparation et d’abnégation… pour être toujours prêt à saisir le destin… Il n’y a pas de hasard, que de la préparation et de l’envie, sans cesse, malgré la guigne et les aléas, les catastrophes et les blessures… belle histoire et belle leçon.

Alors dans cette déambulation offerte par le maestro, en compagnie aussi de Christophe Chay, venu de son plateau TV, pour partager son érudition et sa connaissance du toreo, on grappille quelques images… On le voit ainsi toréer à 9 ans dans des arènes de Bogota devant Paco Camino, excusez du peu… et toutes ces images qui font la légende de l’homme et alimentent les fondements de l’histoire de la tauromachie : comme celles de ce 21 mai 1991 où il ouvrit les portes de Las ventas et de la gloire… et tant pis pour ceux qui n’y étaient pas.

Jolie histoire encore, au Mas du Grand Bordes, celle de son propriétaire qui réalise là un joli rêve qu’il estimerait incomplet s’il ne le partageait pas avec ses invités… Bel endroit, prêt à recevoir dans de très bonnes conditions, les amateurs et les pros qui aiment les Toros et tout ce qui va avec.. une histoire pour prouver que la tauromachie est aussi un art de vivre et de bien vivre… n’en déplaise à ceux qui se contente au nom de la tradition d’amateurisme et d’a peu près…

Ici donc au cours d’une tienta, autres histoires, à construire pour demain ou à oublier dans des lendemains qui déchanteront très vite et s'oubliront en rêve de gloire perdue. Les histoires de ces jeunes apprentis toreros, dont le destin est encore incertain., ALors, pour qui sait lire entre les sourires et les phrases en pointillé du maestro, une histoire en forme de leçons, dessinées sur le sable, entre les vaches, l’éleveur et les apprentis toreros. Une leçon pour comprendre qu’il faut pour se réaliser accepter de faire des gammes et de s’enquiller des passes et des passes, non pour faire des étincelles et émouvoir sa mère et faire frissonner les amis, encore moins pour une gloire, fut elle locale et éphémère, mais pour acquérir une technique libre et fluide, une technique si parfaite qu’elle ne doit plus se voir… jusqu'à ce que tout paraisse facile…

Accepter donc d’être patient et de ne pas tout de suite briller de mille feux, sous peine de bruler d’un embrasement aussi soudain que volatile et fugace. Accepter de servir un autre projet que le sien propre, et de voir plus loin que le bout de sa muléta, serait-elle double et du plus bel effet… en apparence… Les belles histoires de tauromachie, se construisent d’abord à force d’humilité, d’élégance et de travail, (on appelle ça la classe !) pas de frimes et de paraître…

Alors espérer que le bel oiseau  s’envole un jour… seul… ou bien accompagné… et qu’il ne se brule pas les ailes très vite à des soleils allumés trop près de la maison ou du clocher de saint Trophime… parce qu’on sait que, César en est la preuve et il nous le redira aux tables du Ruedo, les vraies belles histoires se construisent lentement lorsque le soutien émane de la générosité d’un donateur qui veut partager et rendre ce que la vie lui a donné… comme Paco Camino en ce qui le concerne,  et surtout pas, lorsqu’il s’agit de combler un manque, d’oublier un échec ou de courir après un vieil espoir perdu…

La tauromachie, ce sont aussi les belles histoires en devenir de ceux dont l’heure viendra et qui savent attendre. César nous l’a racontée, cette longue quête dans l’ombre, entre absence, espoir et découragement, sans jamais lâcher prise, toujours être prêt, être là, sans impatience et beaucoup d’élégance… c’est aussi l’histoire en marche du Maestro Marc Serrano qui bien qu’il ait triomphé le samedi précédent à VILLAMANTA, ( 3 oreilles et une queue) vient ici pour servir le bétail que Patrick Laugier doit sélectionner. « On gardera la noire, la blanche , la première, la deuxième » peu importe, le maestro Nîmois a servi modestement, efficacement,  et mis en évidence les qualités et les défauts des bêtes, Le Colombien commentera, il sait comme nous que l’histoire est belle et que l’heure de Marc viendra.

La tauromachie, c'est toutes ces histoires bien sur, des histoires pour attendre, pour espérer… des histoires pour voir passer le temps sans trop s’attarder aux échecs et aux ratages, là dans le Ruedo… ou au contraire pour ne pas le voir défiler ce temps suspendu et se voiler la face d’une véronique sublime et si suave, ou d’une série de naturelles, sorties de nulle part… des histoires bavardes pour ne pas y penser à ce temps qui passe inexorable… une histoire de vie et de mort, de nos vies et de notre mort à la fin… que l’on côtoie, sans se l’avouer, un verre à la main, en regardant les toreros, juste pour lui dire, à cette Camarde, « regarde bien, tu ne m’auras pas, pas encore… » et encore un petit Ricard et un peu d’une belle ivresse positive pour patienter et prendre du plaisir entre amis… Illusions ? questions ? Tout ça pour ça, pense t on le mardi matin, en rentrant… Tout cela pour une quête absurde qu’on le veuille ou non, que l’on vit par procuration avec les maestros, dans le ruedo. Mais si sublime et unique… on en veut encore de ces histoires.

Une feria, ce sont aussi des moments de solitude. Soit au petit matin lorqu’il n’y a plus rien à boire, et qu’on ne peut plus, faute de combattant, partager sa joie de vivre ou de survivre, ou au contraire noyer une espèce de désespoir naissant, parce qu’on sait en son for intérieur qu’à la lumière perfide du petit jour, tout le monde verra que le « fort intérieur » ne vaut pas grand chose et que la place est déserte… ou autre moment de solitude, plus tard, à la nuit venue, lorsque usée de la compagnie des uns et des autres et des bruyants accompagnements des bandas, revient cette irrépressible envie de lire. Non pour s’échapper, ou se planquer, non, au contraire, pour prendre de la hauteur et se remettre de l’ordre dans toutes ces émotions qui dérèglent l’entendement… on se prend à lire… Cette fois, il y avait l’excellente nouvelle revue de Rodolfo Arias, ( Toronotes) qui ne se contente pas de proposer des comptes rendus de corridas mais propose une réflexion sur son avenir… Montcouquiol, aussi, qui tisse inlassablement le portrait de l’absence, comme s’il voulait peindre et repeindre le sillage d’écume d’un navire passé il y a si longtemps… la trace qu’on ne veut pas oublier, la trace dans la lumière et son ombre sur soi…

 

Autre voyage, autre personnage, incontournable, Charnet Yves, physique de picador, attitude de lidiador, humeur bonne, chemise colorée, fille souriante, avec un livre qu’on prend avec méfiance mais qu’on ne lache plus ( Miroirs de Julien L) sans doute parce que certains ego sont trop embarrassants, tant ils s'encombrent d'eux mêmes s'enfermant dans une autosuffisance prétentieuse... mais là au contraire dans cet exercice d'ego littérature, l’auteur cherche l'autre, et se livre, s'entrouvre, et dit le manque, le vide et au fond la quête infinie, celle du torero, de l'artiste et aussi la mienne, la nôtre, avec nos Moi ordinaires et maladroits, il dit notre insatisfaction et la difficulté qu'il y a à se réaliser...à être artiste, écrivain, torero... la difficulté de vivre et les petits bonheurs timides ou glorieux, la jubilation furtive et intense qu'il y a de sans cesse vouloir tout de même "mettre la jambe"... Il a pris le risque de soi... c'est beau, émouvant et drôle... un très beau livre sur la tauromachie, l'art et la vie.

La solitude a du bon.

 

Les jeunes sont aussi de belles histoires, courtes et en devenir. Des histoires qui nous fascinent parce que ces jeunes toreros incarnent sans doute nos vœux les plus secrets : voir la vie continuer et triompher sur nos faiblesses et la fin inéluctable (ou tout du moins la faire reculer) … Vivre ! Ils ont la grâce et la volonté, ces jeunes, dans des corps si fragiles qu’on se demande comment ils vont faire.. et  l’on voit Juan Leal, avec élégance et temple, s’arrimer et dominer son toro… on oublie que peut être une corne, pourrait… non des histoires de bonheur et de gloire s’esquissent et s’espèrent là dans les gestes du gamin courageux et si beau… On se prend à rêver.

Comme ont du rêver les deux maestros Le Juli, avec son Alegria, sa domination, son engagement et sa volonté de transmettre son plaisir… et Castella, tout en concentration mystique, une mystique populaire et simple, avec un air de ne pas y être qui donne cette impression de fragilité qu’il compense avec une maestria inouïe, n’en déplaise aux frileux et aux convenus, c’est à dire ceux qui pensent avant de regarder et de se laisser aller à voir sans a priori… ceux qui pensent sans avoir vu, ou qui de toute façon diront que le français, ne vaut pas un clou… Castella est un de nos génies de la tauromachie et réduire sa tauromachie au pendule, comme d’autres ont réduit Ojeda, à son immobilité, Morante à sa folie, Manzanaresse a ses petits Toros formatés  et Tomas à ses problèmes de droits d’images, prouvent la mauvaise foi de ceux qui veulent avoir toujours raison sans changer de pensées alors qu’il  s’agit d’accepter de penser sans à tout prix vouloir avoir raison. De toute façon on sait que « convaincre est infécond »( Walter Benjamin).

 (en relisant ces lignes j’apprends que Castella a été désigné triomphateur de la San Isidro) comme quoi…)

Et puis, il y a les histoires qu’on attend pas, aux quelles on ne croit plus parce qu’on croit savoir, qu’on ne sait pas qu’on ne sait pas… et qu’on n’espère plus… Ces MIura, ils sortent toujours mal ! et le petit… comment tu dis ? un torero Cérétan… laisse moi rire ! ou Vicois… non ? si ?… Et puis on y va tout de même au bénéfice du doute, et qu’on est là pour ça… Et là arrive non pas un miracle parce que le torero s’est préparé, que la cuadrilla est affutée, que les Toros sont tout de même des MIura, non, arrive une histoire en forme de scénario parfait, mis en scène par le torero, qui mène le monde, par le bout de sa muletta et de son autorité. Il a décidé de nous emmener, là où on ne va jamais, personne. Et le temps s’arrête, ou s’étire pour toujours, tant les images nous resteront… les Toros sont beaux comme des Toros doivent toujours l’être… Les Toros de nos légendes, qui chargent, ne font pas de cadeau, et le torero nous livre cette histoire des plus belles, une de celle qu’on ne reverra pas de si tôt, une de celle que l’on attend sans cesse et qui nous font aller aux arènes… Non, pas un miracle mais la légende ordinaire et grandiose qui se tisse là sous nos yeux incrédules et nos larmes d’émotions prêtes à se plaznquer derrière nos lunettes noires… faut pas déconner tout de même… ah ? vous n’y étiez pas parce que vous avez pensé que… et  sans avoir vu… tant pis c’est aussi ça la corrida, ces erreurs d’appréciations, ces rendez vous manqués… et cette mauvaise foi ou ces certitudes qui finiront pas nous jouer des tours et des tours de cons…

Cette Miurada donc à laquelle personne ne croyait, et ce petit Castano tenu pour un combattant sans âme et sans Arte, et les 6 Miura qui sortiront énormes à la pique… des arènes en joie, soudain, La joie ! pendant 2 heures avec un public comblé, ému, enthousiaste et unanime… on m’a dit malgré tout que certains « pisse froid ».. qui savaient avant de penser et de voir, avaient boudé leur plaisir… il paraît, mais la joie de la tauromachie et de sa beauté secrète sauvage révélée là sur le sable dans ces charges de 70 mètres, ce recibir à 10 mètres, ces 6 coups d’épées foudroyants dans la croix et cette domination du torero, ne les ont pas emballés ! Ils n’ont pas compris l’histoire… pas su la lire et la vivre…Tant pis pour eux… nous on y était et on y retournera.

La belle histoire du prix Hemingway, a l’accent vosgien, prouve encore que la tauromachie est universelle et que toutes les histoires peuvent être des histoires de Toros. Un beau texte, une jolie musique, de l’invention et de la magie, de la littérature en quelque sorte… c’est sur mais pourquoi avoir lu ce texte de cette façon solennelle et ampoulée, style comédie française, sinon grand siècle, tout du moins en pesant sur les mots durement et sans aucun naturel… dommage. Finalement le métier de comédien est aussi un métier où l’ego est un moteur qu’il faut maitriser, jusqu’à s’oublier, ça n’est pas le moindre des paradoxes mais la clé de la réussite… certains disent qu’il faut accepter d’être suffisament égoïste pour ne pas être trop égocentrique… Servir le texte et les Toros… et ceux qui se contentent des idées reçues, apprécieront….

Il y a eu aussi le rappel de la belle histoire entre Ponce et Nîmes… un faena d’anthologie, dans une dernière corrida : ambiance tendue, public énervé, Casas au pilori, qui pète un cable, dans l’excès et la fatigue sans doute. Toros faibles, président bloqué, Charnet déchainé, et Ponce Pro et dominateur pour une leçon magistrale sur un toro qu'il révèle… les deux autres s'agitent devant des toros immobiles, glanant quelques oreilles, faisant illusion sans tromper totalement leur monde... Chouchous ramollo, Ponchos inutiles malgré les quelques gouttes sans gravité, comme cette corrida du dernier jour.

Et là, dans cette foule fatiguée, versatile, capricieuse et ignorante, ( au bout du rouleau, pourrait on dire ) il y a soudain révélé toutes les hystéries mêmes contenues et bien déguisées, qui se cotoient, se frôlent, se fritent, pour rhabiller nos névroses en se repaissant de celles des autres. A chacun sa chacune et les Toros seront bien gardés… Ces dissensions, digressions agressives font les belles bagarres (et les minables aussi), les grosses disputes (et les minuscules parfois) alors les ennemis intimes ou publics s’en donnent à coeur joie et à poings fermés, mais ça n’a pas d’importance…

Il y a ceux qui font, qui construisent et qui avancent, quitte à se tromper et à déraper parfois… l’excès n’a pas que des vertus mais sans excès point d’orgasmes, de joie sublime, de création ni de toreros… alors admettre que les dérapages de ces fous  sont drôles et plus émouvants que scandaleux… contrairement à ce que pensent toujours ceux qui pensent sans avoir vu ! Le milieu tauromachique grenouille de ces troubles et de ces troubles-fêtes, minuscules et insignifiants qui prennent des proportions de feux d’artifices ratés : du bruits et des petards mouillés ! on s’en fout… on reviendra voir les Toros, les toreros, les bodégas, parce que le Ricard et le Pacific sont rafraichissants, les femmes sont belles, les hommes amoureux, qu’ici l’impossible peut arriver et que l’improbable y est certain.

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Published by Emma Falubert
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