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8 août 2012 3 08 /08 /août /2012 15:28

IMG_5506.jpgSuis loin des toros cet été... sur l'eau, quelque part entre Lorient et Le Nord de l'Espagne, une petite pause à Pornic, en attendant des vents meilleurs, Internet à bord, alors en manque de toros, de ruedos et de mes héros préférés, j'ai relu toutes les chroniques de Hermé que j'avais manquées. Je m'y retrouve, m'y sens bien, avec sa bonne humeur, son ton bonhomme et simple,  toujours juste et avisé, il me relie solidement et réellement à l'esprit des toros. J'aime son enthousiasme et sa générosité barbue sans compromis faciles, J'admire sa maitrise de l'art si difficile de faire court ( que j'ignore pour ma part) et j'apprécie cette façon légère de parler de tout sans perdre le sujet ni faire de moral, juste partager les envies, les enthousiasmes et les doutes... Merci monsieur,

Du coup, le vent d'Ouest ne venant que plus tard dans la nuit, Monsieur Hermé m'a redonné l'envie de partager cette belle journée à Méjanes, au mois de Juillet... Pour ma part, je n'ai pas le talent de faire court, désolé mais il en restera aussi quelque chose... j'espère. 

 

Une journée particulière

Le journée a commencé tôt, dans une humeur doucement marine, parfumée comme une assiette de tellines, un début du monde en forme de petit matin paisible et apaisant au creux de la ville d’Arles, juste avant le mistral, le silence des rues et tout au dessus le ciel bleu entre les toits, les portes closes et derrière, peut être, des femmes qui dorment comme les pierres anciennes… on peut rêver… et plus loin, le marché qui s’installe tranquille dans une rumeur contenue, juste ponctuée des ordres précis, efficaces et blagueurs des marchands de tout et de rien et de plein d’autres choses.

Café, croissants, le journal ; café encore, et un autre croissant, le journal le dit : la journée sera chaude, et c’est tant mieux ! Depuis deux mois, le ciel de Paris est plombé et l’humeur morose.

On ne sait pas pourquoi mais on hésite : y aller… ne pas y aller… sans doute à cause de ce sentiment imprécis, en guise de vague certitude, qui consisterait à penser que la corrida à cheval est à la corrida à pied ce que le design est aux arts plastiques, ou ce que l’église de Notre Dame des Champs à Avranches est à Notre Dame de Paris, ou ce que l’église Saint Bernard à Barbès est à la Sainte Chapelle, ce que la sandale d’Assises est à la Burkenstock, ou encore ce que le turbotrain est au TGV, ou ce que Jean Christian Michel fut à Jean Sébastien Bach, ou bien encore ce que la langoustine congelée ( à 19 euros le KG) serait au petit homard frais de Chausey (19 € le KG sur place, 2 payés 24 euros)…  et on pourrait continuer, tant il y a pléthore d’exemples prouvant qu’on semble se satisfaire de ces faux semblants et de ces succédanés en forme d’accommodements confortables et plaisants. Cet imbécile ressentiment gratuit n’a bien sur aucune valeur de diktat. Il n’est exprimé ici que pour partager cette humeur légère et inconséquente de ce début de journée ensoleillée. Il ne prétend en rien condamner l’un ou l’autre des deux pratiques… même s’il est vrai qu’au départ et par atavisme sans doute, je préfère la profondeur et le mystère des arts pastiques à la simplicité formelle, pratique, "branchée" et très parisienne du design, même si l’énigme secrète de la cathédrale parisienne me fascine plus que cette imitation graniteuse de la capitale des Abrincates, pareil pour Saint Bernard et la con…sacrée couronne d’épines ou que l’arrogante naïveté du clarinettiste ringard qui reste inécoutable même si il prétend jouer les œuvres du Kapellmeister de Leipzig,  et que, sauf la nostalgie,  le vieux train d’un futur d’avant hier qui n’a rien à voir avec le TGV d’aujourd’hui... et surtout que les parfums iodés de la chair ferme des homards de Chausey m’excitent plus que la pâlotte blancheur des chairs filandreuses et fadasses  des belles «Demoiselles » dont les roses pales ont tout à envier au magnifique bleu profond des autres… peu importe, me direz vous, on s’en fout et on perd le fil, c’est une habitude, (je digresse mais j’aime ça, sais pas faire court ) on déraisonne, ( pas tant que ça, au fond) parce que la question n’est pas de savoir ce que l’on préfère, à pied ou à cheval, crabes ou langoustines, etc etc...mais bien d’y aller et de profiter à fond de cette journée…  et de tout faire…

Alors j’irai !

Mais avant je ferai tout le reste de ce que j’avais envie de faire : Les expos de photos, les tellines aux Saintes, et le sourire mutin de l’hôtelière, le rire libre de la cavalière, les deux à la fois si je peux, et les fous rires de mes amis ! Pas envie de choisir, je prendrai tout : la corrida à pied et cet après midi le Réjon d’or ! Je m'y réjouirai du bluff magnifique de ces cavaliers, de l’énergie triomphante de ces centaures, de leurs élégances outrancières et sublimes, et de leurs regards de vainqueurs… et puis je me fonderai humblement parmi tous ces gens, heureux d’être là, joyeux d’être ensemble… et j’aurai raison, ils auront tous raison : ce fut une journée formidable…

Une camarade de jeu qui s’égara dans des vulgarités qu’elle prit pour de la classe, au détour d'une de ses réflexions dont elle seule voyait l'intérêt (il y fut question de Bidet...allez savoir où elle avait niché ses aspirations...), me fit tout de même penser à Spinoza. Le Batave disait en effet que l’homme oscillait sans cesse entre la peur et la joie… c’est exactement cela qui se passe dans une grande et belle journée réussie comme celle de ce jour là. On passe d’une façon ou d’une autre de la peur à la joie… sans arret, et pour un bonheur immense…et l'excitation d'un mystère insondable, encore, un de plus,
Et je ne choisis pas, en effet : je prends les deux, la peur et la joie… et je ne choisirai pas non plus entre la belle étrangère élégante qui vient de loin, ou l'autre belle qui n’en pense pas moins et qui aime les chevaux, et toutes les autres, toutes celles qui sourient au triomphe des héros. Ne me demandez pas non plus de choisir entre tous les  amis, les banquiers, les promoteurs, les humbles, les crétins, les génies, les riches, les sans le sou, et ceux qui font du business ou les amis d’enfance, et ceux juste d’hier, de l’instant, ni entre mon père et ma mère, mon fils ainé et le plus jeune, ou les filles que je n’ai pas eues, ou tous les autres fils et tous les enfants de tous les amis absents ou déjà partis… Depuis longtemps, mon bonheur se construit dans de jouissives successions de malentendus, entre la peur profonde de partir, de ne plus être là,  de ne pas faire plaisir, de blesser, de les perdre, de ne pas assez les aimer, de ne pas assez donner et la joie d’être ici, de faire du bien, de recevoir, de redonner encore, d’être avec eux, sans doute et sans méfiance, de les attendre, de les deviner et peut être, un jour, de dormir tranquille avec tout ces beaux mondes ; ou bien tout seul, ça n’est pas grave, on aura partagé quelque chose… sans le savoir, sans se le dire… quelque chose qui a avoir avec la vie, la peur ou la joie, je ne sais pas…
Alors comme il est vain de vouloir choisir entre Les Beatles ou les Stones, Lady Gaga ou Madona, Picasso ou Matisse, le lard ou le cochon, mon père ou ma mère  entre les anti et les pro, les pour et les contre, la couleur ou le noir et blanc, le jour et la nuit, les toristas et les toreristas, entre Séville, Madrid, Arles, Nîmes, Bayonne, Béziers Dax et les arènes de Lutèce, pour vivre bien et pour bien vivre, je prends tout, je fais tout… et du coup je mange tout, entrée, plat et dessert ! un jour les langoustines décongelées parce que la poissonnière est sympa, un autre jour les homards bleus de Chausey parce que la mer… je prendrais aussi les objets Ricard de Mac Farlane et les délires des frères Bouroullec, à condition qu’on me laisse aussi l’expo de Richter et toutes ses questions sans réponses autour de ce qu’est le réel… IMG_5216.jpget de ses territoires indicibles, de ses limites qu’il tente de cerner et de dessiner… je n’écouterai pas JCM, (faut pas exagérer), ni cette fille si vulgaire à force de penser qu’elle sait tout et de se croire maître du bon goût et de la bonne pensée… à ces deux exceptions, je prends tous le reste et je partage ! je prends et je partage les expos visitées le matin avant de venir… la photo du Che de Korda, en vrai… très belle, et belle aussi, celle juste à côté, un mineur anonyme ; même force, même détermination de l’inconnu et du héros interplanetaire…. Je prends à l’opposé, Koudelka et les gitans, ces photos où « il y a comme une sorte de tension, un frémissement, une sourde tension de sang vif soudain contenu » et que « sous chacune de ces peaux tannées et glabre glisse silencieusement la glace de toutes les peurs » (Robert Delpire)  et je prends aussi les photos de Grégoire Alexandre, et leur apparente futilité leur jeu complexe avec le réel irréel, leur légèreté et leur gravité soudain apparues dans le regard de cette femme dissimulée, IMG_5347.jpget ce souffle de poésie qui émerge sans ostentation et étrangement naturellement du détournement, contournement  des codes convenues de la mode et de la publicité dans une espèce de joie diffuse et communicative… Alors entre les deux,  entre le tcheque et ses peurs en noir et blanc, et la joie communicative du photographe de mode, (et l’inverse et ses inquiétudes qui sourdent aussi à travers les paillettes)… je prends tout et j'avance...

Parce qu’Ici, comme à la corrida, nos certitudes oscillent sans cesse entre la peur fondamentale de la mort ou du néant qui rode, et la joie profonde de la fête qui éclaire et égaye… l’une ne va pas sans l’autre, une évidence ! C'est pour cela... le costume de lumière et le regard noir du torero… le toro et la puissance de la vie et la mort à la fin… c’est pour cela aussi que le souffle de nos vies oscille sans cesse entre les rires de la joie ou des mauvaises blagues entre amis et les pleurs secrets des angoisses de la nuit et des tristesse du petit jour…

Alors nous avons ri ! Tous ensemble, comme si tous acceptaient cet adage, « rien ne sert de sourire, il faut faire rire à point ! »… parce que souvent le plus beau et le plus sincère des sourires est aussi un calcul qui participe à l'éternel jeu de la séduction et de la joie... alors que le rire est un débordement qui ne triche pas, ne se contrôle pas. Comme les larmes, le rire est le résultat d'une exagération, d'une outrance qui soulage et qu’on partage... Le sourire est égoïste, solitaire sinon individuel… il  peut être beau ou d’un ange, alors que le rire lui n’est jamais beau, il est immense, bruyant ou fou, et c’est tant mieux. Il n’y a de joies de vivre que dans l’excès et dans l’ivresse… et pas besoin de se saouler, le rire est l’expression dune ivresse sèche, aigüe et communicative… alors cultivons le…

Donc je n’ai définitivement pas choisi,et je ne choisirai plus, c'est comme ça... je suis allé au Réjon, j’y retournerai…

parce qu’on ne peut choisir entre la peur et la joie, le fou rire et les larmes, le sourire d’une amie et ses mélancolies et ses peurs secretes, entre les chevaux,  les toros et les hommes, et que ce matin là, dans les rues de Arles et comme tous les matins, j’ai su choisir la vie…

le sourire et les rires de toutes les femmes,  IMG_5337.jpg

celles qui sont là, et toutes les autres, la force des Toros, la compagnie des amis, et leurs rires aussi… et le soir, comme tous les soirs, j’avais tout pris sans rien choisir, toujours dans l’excès, et je me suis couché heureux…et tous les autres aussi j’espère… allez à la prochaine, le premier arrivé au tas de sable attend l’autre…. Adtaleur ! on se retrouve quand vous voulez…

Bien sur j'ai fait long...mais que voulez vous la mer est immense et les toros sans fin !

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Published by Emma Falubert
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