Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
25 mai 2014 7 25 /05 /mai /2014 17:32

BONIJOL 8

Qui peut prétendre aujourd’hui que Paris ne serait pas une ville taurine ? 

Personne ! Assurément, Proposons donc sans tarder l’inscription de Paris à L’UVTF ! N’hésitons plus, la ville est taurine, n’en déplaise à quelques esprits chagrins, peines à jouir, partisans d’une vie normalisée, sans aspérités, sans imprévus, où seul le Bien, établi à l’aune de leurs critères castrateurs, prévaudrait ; le bien, coupé du mal, « se dressant seul, au terme d’une radicale épuration éthique, et dictant ses exigences sans contradiction», (Philippe Muray,). On pense là à ces gens qui voudraient nous construire, contre notre grès (et contre la loi), une vie sans émotion (ou juste des sensations calibrées, convenues et raisonnables), une vie sans aucune ombre, ni trop de lumières, sans violence, ni aucun trouble, ni mystère, qu’une espèce de soi-disant  transparence, propre et nette… Un monde en Walt Disney de Bisounours, d’ouailles hystériquement joyeuses, prenant leurs minuscules (fausses ) joies, sans folie pour des lanternes…

Pour eux, rassurons nous, ce n’est pas gagné, au contraire nous sommes loin du compte :  regardez plutôt, au hasard des rencontres et des balades parisiennes… Il y a quelques semaines, on croisait dans le 16 ème arrondissement un éleveur de toros, Vitorino Martin accompagné de Marc Serrano, de El Boni, et nous passions une soirée très taurine Les Belles rencontres du Ruedo Parisien... autour d’un verre de Ricard, de Lillet, ou de Pacific… Un peu plus tard nous avons croisé dans un vernissage très parisien, un Nîmois, Bruno Doan, qui la veille avait reçu le Prix Livre & Aficion pour l’ensemble de son œuvre. Cet amateur de belles lignes et de beaux papiers permet chaque semaine à tous les exilés que nous sommes ici de lire la chronique de Jacques Durand qu’il a sauvé de l’abandon par Libération en mal d’épuration éthique. Précédemment c’est un journaliste taurin, Christophe Chay, que nous avions croisé dans un Drugstore à proximité de l’Etoile autour d'un hamburger à la viande de toro des plus parisiens.

Il y a quelques jours, d’autres rencontres d’aficionados de tous les bords, de tous les clubs, dirons nous, au cours d’une autre soirée très taurine, autour d’une choucroute ( !?) cette fois et d’un verre de Blanc, (et oui, c’est aussi ça la modernité : ce télescopage gastronomique que le métissage tous azimuts induit). Donc cette fois, dans une brasserie Alsacienne très parisienne, à la rencontre du plus célèbre des cavaliers taurins, celui qui a su imposer au monde entier ( si si ) sa vision du « Tercio de Varas », et aussi le transformer à force de conviction et de propositions concrètes : Alain Bonijol dont il faut lire le livre paru au Diable Vauvert. Avec lui, au prestigieux Club Taurin de Paris, Rencontre dans sa Querencia, marquetée paysan parisien et moquettée façon Hilton américain (toujours le télescopage) avec LE philosophe de la tauromachie, ( il n’aime pas qu’on le réduise à cette appellation parce qu’il est évidemment avant tout philosophe et il pense bien d’autres objets que notre passion… comme la musique) donc Francis Wolff, philosophe spécialiste des grecs, né à Ivry, ayant enseigné à Sao Paulo au Brésil… ( et oui ça ne s’invente pas) Nous y avons donc appris beaucoup de choses,

vu de belles images d’Eugénie Martinez, BONIJOL 28

et définitivement compris qu’il n’y avait complémentarité et non antagonisme entre les différents clubs de la capitale. D’ailleurs ce Philosophe, grand amateur d’Opéra, était venu l’année dernière, au Ruedo nous parler d'art et de Tauromachie...

ce fut un de ces moments rares où mine de rien on a la délicieuse et revigorante impression d’être moins con. Merci Monsieur, pardon Maestro…

Paris Ville taurine, encore, où ce Dimanche avec un autre club, Culturaficion de Vincent Blondeau,  nous aurions pu aller péguer quelques passes dans un studio de Danse d’une rue où le chiche-kebab côtoie le couscous royal dans des odeurs de Paradis métissé… (toujours le réjouissant métissage). à propos d’odeurs qui chatouillèrent autrefois les narines d'un président aujourd’hui très fatigué, il y a tous les choix aussi sur les trottoirs parisiens : de l’Ami Pierre au Jgo, en passant par El toro Borracho, Affiches de corridas, accents des sud, musiques et fiestas, Ici ou encore là, la tauromachie n’est pas un pécher mortel mais un bon plat roboratif qui se mange chaud avec des haricots blancs et quelques verres de rouge ibérique, du Sud-ouest, d’un coteau du Minervois ou d’un autre côté… qu’importe le flacon pourvu que… non pas du tout…

Ville taurine, jusque dans les tunnels du métro où j’ai pris beaucoup de plaisir ( voire un malin plaisir, on a les petits plaisirs qu’on peut ) à lire sans me cacher la revue Art Press 2 consacrée à la tauromachie. Art Press  revue d’art, branchée, internationale et prestigieuse, où à travers les textes de Durand, Zumbiehl, Serra, Wolff, et quelques autres, la corrida apparaît non pas comme une barbarie ou un archaïsme mais bien comme l’expression d’un art, moderne, et classique à la fois, en tout cas un art à part entière… du grand art en quelque sorte… Lu aussi  même si ça n’a rien à voir avec notre sujet, « Le liseur de 6h27 » écrit par un drôle d’aficionado vosgien, pour une belle échappée en forme de jolie histoire d’amour, bravo maestro.

Dans la foulée me suis agréablement et poétiquement perdu dans le dernier livre du nobélisable Antonio Lobo Antunes, texte profond autour de la mort de la mère, le titre lui même est d’une beauté aussi musicale qu’une passe de Morante…« Quels sont ces chevaux qui jettent leur ombre sur la mer »… Un livre construit sur les trois temps où se tisse le drame de la corrida et qui tente de  dessiner, d’esquisser un peu de «ce qui nous ronge sans qu'on le sache, ce qui nous coûte sans qu'on s'en rende compte et je ne parle pas de nos secrets étranglés ni de nos misères conscientes, toutes ces poupées mortes, tous ces yeux rien qu'à nous qui nous accablent de reproches»( Antunes). Un livre très beau qui résonne comme une faena de José Tomas… définitive, parfaite mais si mystérieuse de perfection qu’elle demeure incompréhensible, inexplicable et suspendue… nous laissant en attente pour toujours… mais comblés…

Et puis un soir en zappant, tombé pour finir sur ce Duel entre un Sartre, amateur de corrida, et un CAMUS plus jovial, qui s’amuse devant la caméra… l’homme révolté, le penseur nobélisé,  savait parfois s’échapper et s’amuser… réjouissant…

 

Décidemment, Paris est une ville merveilleusement taurine ! (à suivre)

Partager cet article

Repost 0
Published by Emma Falubert
commenter cet article

commentaires