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13 septembre 2010 1 13 /09 /septembre /2010 23:06

Non, Je ne veux pas qu’on me la supprime !

Oui, JE dis bien « JE », un drôle de JE, pas un JE perso et isolé, mais plutôt ce « JE » qui forme le Nous que nous formons tous ensemble ; ce Nous et tous les JE différents que nous sommes…

Parce que « JE » en a marre que l’on décide pour lui. 

« JE » voudrait pouvoir vivre sa passion, fumer de gros cigares, entre deux cigarettes, discuter, après, pendant, plus tard, autour d’un Ricard ou de plusieurs, avoir des amis pécheurs sans doute, mais pas tortionnaires, assoiffés de sang, (sinon de chairs fraîches, pour les plus atteints,) et en tout cas pas encore assassins. Des amis et amies, juste un peu  fous, assez pour savoir lâcher la rampe, depuis longtemps pour certains ou juste de temps en temps, le temps d’une feria, pour la plupart…Ces amis de corridas qui en font trop, en disent trop, en boivent trop, parce que, raisonnablement, et  avec une grande sagesse, ils le savent bien eux que c’est dans l’excès que l’on perdra  tous les tièdes qui nous encombrent, anéantira les bons sentiments qui nous banalisent, et oublieront les clichés qui nous submergent et nous trompent. Ils le savent que C’est dans ces excès que se sont dessinés les grands destins flamboyants et y flamboient  encore les desseins les plus excitants…

 Ce “JE” veut pouvoir dire tranquillement, sans se cacher et sans modération qu’il a vibré en Arles, devant les arènes, à un très beau « Vive la France » et « vive la Liberté » qui, non seulement n’avait pas les couleurs d’un nationalisme primaire ou d’un populisme vengeur, mais était juste l’expression d’un cri du cœur, sans outrance guerrière, ponctuée de l’émotion d’un chant choral d’une généreuse douceur et d’une tendresse infinie.

“JE” veut aussi pouvoir revendiquer qu'il s'est ému au combat de deux jeunes hommes, pour la vie, la leur et les nôtres, et étrangement pour une certaine idée de la beauté. Une beauté vivante, changeante, entre mystères et plein soleil, devant des toros de combat, qui luttent et meurent en brave, comme on disait sur les champs de batailles, moins élégantes et plus boucherie que ceux de nos 17 heures. ( Et des combats meurtriers qui durent encore, et partout, sur notre petite planète, complètement cinglée… plus cinglée et déraisonnable que le moins élégant et le plus con des aficionados ou le plus intelligent des anti taurins).

Ce “JE” veut pouvoir apprécier cette cantatrice perchée en haut des arènes, et aussi cet azur de sable bleu, d’une jeune artiste venue d’Amérique, avec ces toros à l’infini, tout simplement, et qui ont même tiré une larme à Lucien Clergue qui pourtant en a vue d’autre.

“JE” veut pouvoir apprécier ces six coups d’épée parfaits, et voir mourir les toros de ces "belles " morts, données dignement par des hommes pour des vies gagnées en plus.

Ce “JE” veut aussi pouvoir continuer à voir et revoir les toiles de Kelly Bedrossian, de de Montebello, et croiser  Christian Gaillard sur la terrasse qui porte secrétement son nom… Aller déjeuner dans un restaurant moins bon marché (mais ça les vaut)  avec un général pas comme les autres, le mari d’une commissaire de Police, de très belles femmes, un médecin généraliste et un ami, directeur des relations publiques d’une grande marque de spiritueux, sans être accusé de militarisme primaire, d’être un suppôt du grand capital ou un Jaune à la solde des syndicats patronaux.

ou pouvoir dans un autre dîner, entre un directeur marketing, un président de corrida, un patron d'une scierie auvergnate, un autre d'une arène, un Ricardien important, joueur d'echec marathonien et footballeur, et un de ses amis, contacter le Cordobes, juste comme ça pour avoir de ses nouvelles et celles de son fils, qui précisemment venait de couper deux oreilles, quelques part là bas à l'autre bout du fil...

Ce “JE” veut pouvoir discuter indéfiniment sur les toros « ceci », et  les toros « cela », en tout mauvaise foi, ou intime conviction, et n’être pas d’accord, jamais !mais être capable de partager, tout de même, ce drôle de bonheur lorsque deux toreros triomphent… sans doute  parce qu’on sait qu’ils sont droits, sincères et généreux… ( n’est ce pas Patrice ?) 

“JE” veut, avec tous les autres, être ému lorsqu’un très jeune homme, un peu falot en apparence, semble tout à coup, immense et habité, parce qu’il « danse » avec une bête sauvage qui ne demande qu’à le tuer, sur un délicat et profond concerto pour Aranjuez… ( qui pourtant entendu des millions de fois, trouve là une nouvelle dimension, plus mystérieuse, plus taurine (ah les arènes d’Aranjuez)…) et qu’à la fin, grandi aux yeux de tous les JE qui l’applaudissent, il s'effondre malheureux comme des pierres en ruines, parce qu’il ne sait pas (encore) conclure ou au contraire faire durer…

“JE” veut se retrouver dans les arènes, là haut entre ciel, et sable, pour boire un verre et manger (juste un peu) avec les éleveurs, les arlésiens, les arlésiennes et tous ces autres “JE”, tranquillement, paresseusement, sans qu’un gardien du patrimoine, sectaire et rigide, ne sorte son sifflet. (merci d'ailleurs pour cette belle initiative)

Tous les “JE” que nous sommes, voudraient aussi mieux connaître ces hommes et ces femmes, totalement hors norme, qui, par passion, se mettent à élever des toros de combat… qu’est ce qui les pousse ? les porte ? les emmène là, dans ces risques inutiles, ces emmerdes, sans contrepartie ?

« JE » voudrait qu’il n’y ait pas de honte, au contraire, plutôt de la jubilation à débusquer, au coin du dernier roman de Alberto Manguel, « Tous les hommes sont menteurs » un discret hommage à la tauromachie et à tous les maestros en habit de lumière…

 Pour finir (provisoirement) “JE” voudrait qu’on admette qu’il n’y a pas de (bonnes) raisons d’abolir la corrida…  Sinon la sensibilité d’autres « ”JE” », à qui tous les « Je » que nous sommes ne  demandent rien et n’imposent rien.

Si ! juste une chose,  nous foutre la paix…

Parce que tout ça ne regarde personne d’autre que moi, (je parmi les JE) cette histoire mystérieuse que j’ai avec les toros, à ma manière, depuis si longtemps, en un si long mystère, qui ne se révélera pas… et c’est tant mieux parce que j’y puise un peu de ma force, celle qu’il faut lorsque la ville devient triste et lourde, que l’horizon se grise d’emmerdes et que la dictature des cons, en plus devient folle…

Mais si ! bien sur que j’exagère, bien sur que j’en fais trop… mais c’est tant mieux, c’est toujours pour ce "trop", qu’est cette indicible incongruité jouissive qui nous rassemblent, que nous retournerons aux arènes, encore et encore jusqu’à la nuit des temps… fussent ils modernes !

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Published by Emma Falubert
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commentaires

Jiès Arles 14/09/2010 09:40



Je suis tout à fait en phase avec vos idées et votre article et à 100% d'accord (et même plus !) ... Qu'on (cons !) nous foute la Paix et qu'on (cons !) arrête de nous dire et de vouloir nous
imposer comment boire, manger, conduire, fumer, baiser, penser, parler, vivre, mourir ... la PAIX merde ! Et si je veux voir une corrida je la vois et si un autre ne veux pas et bien il n'y va
pas ....point. Et puis, il y a bien plus important et plus grave ...même à côté de chez nous  etc ... etc ... etc ... Ets-ce que je peux "reprendre" votre "JE3 sur mon blog ... ce serait
mieux que de "renvoyer" sur votre URL, non ? Merci encore Amitié et aficion.