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31 octobre 2009 6 31 /10 /octobre /2009 11:51

Vous trouverez ci dessous, L'intervention de Dominique Perron, Président de l'UCTPR, et Vice Président de Ruedo Newton, le Club Taurin Paul Ricard de Paris, lors d'un réunion organisée par Premier Cercle. Elle vous est livrée, brute de fonderie, comme on  dit chez Cornille Havard. Il faut évidemment à travers cette retranscription, faire l'effort d'imaginer Dominique, homme de conviction et d'une grande sincérité, s'engager, mettre la jambe et à la façon d'un Ponce, sur un toro qui n'en veut pas, finalement triompher d'un public, à cette heure matinale, qui à la fin se trouva emporté.

Et, il y a là, sources de réflexions, comme on aime au RUEDO.

Merci Maestro. 



Le Patron et son combat :

Quelles leçons de l’Arène ?

Le thème que je devais aborder : Le torero et le patron, tributaires du temps ?

Un Dirigeant et un torero sont-ils confrontés à des contraintes similaires de temps et d’espace ?

Pouvons-nous établir une comparaison, un parallèle entre la notion de temps pour deux activités qui semblent, au départ, complètement opposées ?

se situant dans un espace-temps diamétralement différent ?

L’Espace et le Temps sont deux notions, a priori, séparées mais comme l’écrit KANT dans la « Critique de la Raison pure » lorsqu’elles sont prises en même temps, permettent de comprendre nos expériences sensorielles, nos émotions mais aussi nos pulsions…

Il y a-t-il de la Raison dans la Corrida ?.. Je ne pense pas

En Corrida, on apprend tous les jours, il n’y a pas de logique,

Il y a de la rigueur, on sait que la moindre faute peut être fatale !

Il n’y a rien d’immuable dans la corrida, on ne sait jamais à quoi l’on va assister, comment va se passer le Combat.

La corrida s’est l’humilité, le respect, le courage,

C’est avant tout une énorme leçon de la vie,

Certainement parce que l’on y côtoie la mort à chaque instant et chacun avec son propre ressenti.

La Corrida c’est une alchimie… C’est un Art,

le temps s’arrête, vous vivez l’instant présent, vous n’êtes plus dans le monde de tous les jours,

C’est une peinture, une photo qui restent gravées à jamais dans votre mémoire… Mais sûrement pas dans un salon ou dans un album !

 

La Corrida ne vit que de paradoxe :

Comme me disait encore la semaine dernière un ami torero la Corrida n’est faite que de paradoxe :

- Il faut être Fou pour se mettre devant un toro de combat de 600 Kilos alors que nous sommes des hommes sensés

- On adore, on vénère ces toros de Combat et pourtant on les tue

- C’est un milieu très macho et pourtant on porte des collants roses !

Spontanéité, improvisation, décision, prise de risque, dans un laps de temps préétabli et dans un espace restreint, non-m, voilà la réalité du torero.

Les notions d’espace et de temps sont effectivement indissociables dans la corrida.

En effet :

Imaginez vous dans votre bureau soudain identique à une arène,

Vous ne pouvez plus sortir,

Vous ne pouvez plus bouger comme vous le voulez,

Le danger va surgir et vous avez 15 minutes pour le combattre, le résoudre et gagner,

L’espace-temps devient d’un seul coup irrationnel, la logique de tous les jours a disparu,

Pire votre fonctionnement habituel est bouleversé, vous n’avez plus de repère.

L’espace … Restreint … L’arène, le Ruedo

La liberté … Restreinte… Le Burladero, le Callejon

Le temps …Restreint … limité au trois Tierco et aux Avis qui menacent.

Au troisième avis (clarine, trompette) le toro retourne dans le toril,

Juan Miguel PERRERA a vécu cela la semaine dernière à Saragoza … .La honte !

 Il n’y a pas si longtemps le torero était mis en prison !

Le contexte.

Qui est le patron quand raisonne la clarine et que la porte du Toril s’ouvre ?

Quel grand moment de solitude pour le torero, derrière son Burladero au moment où va surgir le monstre ! vous êtes seul, le temps s’égrène déjà, des milliers de regards vous observent !

Plus question de faire marche arrière, de partir, ou de demander une pause, un repos ! plus rien ne peut arrêter l’action.

Le toro sort du toril, puissant, sauvage, menaçant, il est le maître, le torero l’observe, analyse son adversaire, il sait qu’il n’a que 15 minutes pour le dominer, le soumettre le vaincre et devenir le patron d’un combat, d’une Faena où il aura exercé son art avec maestria et génie et au péril de sa vie. 

Vous êtes en réunion dans votre bureau, avec un fournisseur, un client, un employé, des employés, un syndicat, votre banquier, vos actionnaires, votre Conseil d’Administration …Et vous devez réaliser un seul et unique entretien ou négociation, et cela en 15 minutes, pire vous ne pouvez pas ajourner la rencontre, la poursuivre ou prendre du recul, la reporter à une date ultérieure !

À la fin de la réunion, le vainqueur, ce sera vous ou les autres, mais il n’y aura aucun compromis envisageable.

La Corrida est certainement un des seuls endroits où l’on appréhende toutes les dimensions paradoxales du temps, c'est-à-dire les dimensions subjectives et les dimensions objectives, tous ensemble et en même temps et chacun selon son ressenti.

Le temps subjectif du torero, le nôtre, celui de la foule, des autres,

Le temps objectif de l’horloge, de la présidence

Et c’est là dans l’arène que s’effectue le miracle lentement, efficacement selon la caste du Toro.

C’est le torero qui devient le chef d’orchestre et qui impose le tempo à tout le monde, à commencer par le Toro.

 

Zocato, résume parfois la « simplicité et l’évidence » du geste taurin par un « Bonjour Madame, comment allez vous Madame ? …Au revoir Madame »

Accompagnant la parole par le geste…

( À cet endroit, il faut donc imaginer le maestro Perron recevoir le toro dans sa cape, le faire passer et lui donner une très belle sortie…

 Ce qu’il fit, de derrière le pupitre, très élégamment)

C’est lui qui doit maîtriser le temps en prenant le leadership sur son adversaire. Il règle sa faena, avec précision sans précipitation, tantôt rapide, puis modéré, voir au ralenti, laissant la bête passer de plus en plus près de lui, lentement, avec des passes longues en maîtrisant de mieux en mieux l’animal.

C’est là que se situe la question du TEMPLE

Le temple c’est cette gestion élégante et fluide du temps. C’est ce paradoxe entre temps subjectifs et temps objectif de l’horloge, réunis dans une sorte d’harmonie invisible.

C’est dans cette appréhension sensible des temps de l’autre, des temps des autres que va se régler le tempo de l’ensemble, celui que nous allons tous vivre ensemble et partager dans le même espace.

 

C’est ce sentiment qui vous envahit lorsque la corrida est exceptionnelle, le temps s’arrête, la beauté défile devant vos yeux.

Un manager pour être efficace et parvenir à son but ne doit-il pas prendre la mesure, le rythme de son interlocuteur.

Il doit non seulement en tenir compte mais construire avec.

La question n’est pas de dominer de suite au risque de briser le dialogue,

Mais de se mettre non seulement à l’écoute mais aussi au même tempo,

C’est ne pas imposer son temps au départ

Mais en construire un autre,

Entre et avec,

Le sien et celui de son interlocuteur, c’est ça le TEMPLE,

Et une fois que le rythme est commun, vous décidez de ralentir ou d’accélérer de jouer la modération ou l’excès, bref c’est vous qui maîtrisez le temps

 vous êtes devenu le chef .

Conclusion :

Nous sommes patrons d’entreprise et nous avons l’habitude de voir surgir les problèmes mais dans le contexte de la corrida c’est son mode de résolution qui diffère.

Notre culture, notre expérience, notre cursus intellectuel ne sont pas formatés,

Tout bascule dans l’irrationnel

Nous ne sommes plus dans les

Opportunités /menaces,

Forces /Faiblesses,

Avantages /inconvénients

Etc.……..

Résoudre un problème dans un espace-temps irrationnel,

Laissez libre cours à l’analyse mais aussi à l’émotion,

La spontanéité n’est-ce pas une façon de laisser s’exprimer le talent ?

Le génie ?

De faire preuve d’initiative, d’audace de courage individuel, qui font que parfois il y a des toreros et des chefs d’entreprises géniaux.

Notre formation implique la Logique,

Le Savoir Faire,

La Rationalité,

Tout est aseptisé, prévu, expliqué et explicable.

Les grandes décisions sont collégiales, fruit de nombreux rapports, d’analyses, d’Audit, de cabinets extérieurs, de consultants.

Mais la vie de l’Entreprise, les marchés sur lesquels nous évoluons, la gestion des ressources humaines sont-elles toujours logiques ? Rationnels ?

Pourquoi l’alchimie, lors d’une corrida exceptionnelle, entre un Toro et un torero s’opère t elle ?

Pourquoi cette alchimie existe-t-elle dans certaines entreprises, entre le Patron et ses collaborateurs, et pas dans d’autres ?

Peut-être parce que l’on n’accorde plus aucune considération à l’émotion, à la spontanéité, tout doit être maîtrisé, le temps, le talent, l’espace …

Peut-être que des mots comme Humanité, modestie, simplicité sont sorties de notre vocabulaire entrepreneurial, au risque de sombrer selon certain dans un paternalisme excessif !

 

Et si le torero, le Maestro savait tout cela ?

Il sait que 150 fois dans l’année,

Et jamais de la même manière puisqu’il change chaque fois d’interlocuteur

Il devra maîtriser le temps l’espace, sa peur,

Il devra seul prendre des décisions rapides, efficaces

Que la maîtrise de son Art implique la perfection absolue, dans un Espace/Temps irrationnel, 

Les décisions qu’il prendra seront vitales puisque c’est sa vie qu’il met en péril, mais contrairement à d’autres seulement la sienne !

 Le torero comme le patron sont tributaires du temps, mais ils ne le gèrent pas de la même manière et surtout pas dans le même espace.

C’est une réalité implacable, mais pouvons-nous en tirer quelques enseignements ?

C’est certain que la réponse est Oui !

Merci

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Published by Emma Falubert
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