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15 octobre 2010 5 15 /10 /octobre /2010 16:36

Au Ruedo Newton, nous savions que la tauromachie pouvait aussi être un rêve… ce samedi 9 octobre 2010, nous nous sommes donc embarqués pour 24 heures de rêves et de joyeuses folies.

17 heures, douceur  et lumière de printemps pour un samedi d’automne. Les âmes sont légères, les sourires rayonnants, les femmes sont belles et les hommes tranquillement aux aguets. Ambiance de rêve, vraiment,  je vous disais.

Au pied d’un château qui a vécu d’autres combats, en d’autres temps, des arènes dites éphémères… qui ne seront pas éphémères dans nos mémoires tant l’image est belle. Le plus haut burladero du monde ! et la falaise de Ronda n’a qu’a bien se tenir. Dans les gradins pratiquement pleins, que des amis, la famille, les curieux, et nous les parisiens… il y a là Zocato, et sa bienveillance caustique, venu  avec nous de son sud-ouest pour nous accompagner et rêver avec nous. Eric, l’arlésien de cœur, sans sa Triumph ou sa Norton, L’autre Eric venu de Dijon, très élégamment casual, Nicolas avec amis, femme et enfants, Maurice et son enthousiasme raisonnable, les deux Bernard, le Planchon et son Ricard, l’Ayala sa patience tranquille et sa paella en point de mire pour demain… (très réussie d’ailleurs, merci Bernard) et le Patrice qui abhorre une printanière cravate bleue sur liquette à fond bleu, c’est rare et ça fait la différence, avec juste un peu d’esbroufe, contrôlée, qui sied à un primo-président. On le sent concentré et sur le coup, affable, comme toujours, mais près à dégainer à la moindre contrariété : Geneviève est sur ses gardes et nous aussi. On se tient tous à carreau, président ! On lui pardonne, parce qu’en fait, lui aussi est en plein rêve : Patrice, au Palco, président ! Et lui, qui a l’habitude de gérer les conflits, d’arbitrer, d’organiser, de commander, de décider, il n’en mène pas large. Il le sait que ça n’est pas de la petite bière et qu’il faudra assurer… Concentré, vous dis je, tendu même, le bonhomme : parce qu’il le sait qu’on l’attend au tournant et au jeté de mouchoir. On a tous tellement râlé après les présidences, trop ceci ou trop cela… il n’a aucun droit à l’erreur, et nous, les bons copains, on le ratera pas. Evidemment !

En bas, dans le demi-cercle magique, cerclé de bottes de pailles, comme à Chinchon, la falaise en plus et  les balcons en moins, trois jeunes hommes, entre Borsalino andalou pour l’un, urbanité sévillane pour l’autre et une sorte de dandysme très Night club taurin pour le troisième, tous très élégants, en tout cas, souriants et tranquilles comme dans un rêve provoquant et joyeux.

Avec eux, un plus jeune, le regard à la fois grave et lumineux, droit comme un I, magnifique avec ses rêves de grandeurs et de triomphe. Pas très loin, le père du môme, anxieux et fier, mais très confiant, espère. Il est sûr du coup, il sait que le petit sera grand. Un rêve décidemment !

Et au son d’une guitare flamenca et du chant andalou, délicatement émouvant et profond sans ostentation, au creux de cette falaise si verticale qu’elle semble une première marche vers le ciel, sinon vers le paradis des aficionados, les toros seront très bons, braves et nobles, surtout le premier, un excellent Miranda de Pericalvo qui vaudra deux oreilles et une queue à un Mehdi danseur de flamenco, sautillant et facétieux au quite… Roman Perez et Marco Leal, coupèrent aussi deux oreilles… et pour finir avec ce rêve, ce fut au final, cet ami des trois hommes, descendu des gradins pour accepter le  quatrième. Le plus beau cadeau que l’on puisse faire à un aficionado, un vrai toro pour lui seul… et qu’après quelques passes il eut la sagesse et l’élégance de ne pas tuer, laissant les maestros, maîtres du jeu.

Patrice aura eu la main souple, avec les foulards, mais on ne lui en voudra pas. C’est le jeu de la rencontre, on est là pour rêver. Il eut aussi le geste auguste du salueur que plus d’un président pourrait lui envier. On le reverra au Palco, c’est sûr et c’est tant mieux, il est membre du Ruedo…

Et le rêve et la fête furent aussi ponctués de ces incroyables sauteurs, défiant les lois de la gravité au-dessus des toros, dans des esquives, et autres vols planés et périlleux, comme pour une humble célébration à la fois de la bravoure des fauves et de l’intelligence des hommes… On ne les acclama peut être pas suffisamment, ces trop rares recortadors, venus d’un autre temps, tout droit sortis d’un vase crétois ou d’une  gravures de Goya (à voir à Castres)… Un rêve, vous dis je.

Et le rêve se prolongea avec la soirée au Casino… une ambiance et une lumière Fellinienne, dans cette salle « des fêtes » baroco, effeillienne, pour un moment hors du temps et paradoxalement loin de l’agitation de nos villes hystériques… Une soirée entre surboum année 60, disco des années 80, et DJ d’avant-hier… Une vraie fête, entre nous, avec l’envie de se parler, de danser, de se prendre par la main…comme si de rien n’était, en toute innocence, vraiment…  une de ces fêtes, sans arrière pensée glauque ou malsaine, avec juste  la fille de la table d’à coté qu’à l’air de s’ennuyer et d’attendre, on ne sait quoi ; peut être, toi, ou moi, un prince charmant, une copine, sa mère ou un dessert, on ne sait pas, le mystère plane… Elle reste sur un quant à soi inaltérable puis sourit timidement à un premier qui ose mais finalement elle se barre danser avec la première copine qui passe et qui la sauve, d’un naufrage ou d’une belle histoire… on peut rêver… Et puis il y en a une autre, à l’autre table d’à coté, et une autre, et toutes les autres et à la fin toutes ces filles si belles et qui dansent, et qui t’emmerdent, comme dans un bal ou une boum d’un film de Pascal Thomas première époque… Et les garçons qui guettent, osent, ou n’osent pas, qui rient betasses ou très grandes gueules,  ou se risquent grandioses, culottés maladroits ou timides émouvants… En tout cas, à la fin ce sont toujours les filles qui triomphent ! lorsqu’elle dansent ensemble ou avec leur père, ou un grand frère, un paso-doble, et qu’elles glissent, arrogantes, devant les garçons raides et maladroits qui n’osent plus et restent plantés là, à faire mine de rien, en quête, tout de même, du regard d’une autre fille sur la table d’à coté… qui elle même… et ainsi de suite…

Toujours,  comme dans un rêve où passeraient aussi des couples plus matures, éphèmères ou durables, qui eux s’en foutent royalement et glissent aussi doucement que les filles, mais sans sourire, sérieusemùent, sans s’occuper du reste, ils sont ailleurs dans un autre rêve, le leur, intime et secret, heureux et sans question…

Tout ça est d’une simplicité, belle, sincère et rassurante…On est bien entre nous , c’est aussi ça, la tauromachie, ces moments de partage sans chiqué, sans plus d’artifices que de se plaire et de se faire plaisir… on discute, on rigole, il y a des silhouettes qu’on croise, sorties d’un dessin de Dubout, d’un film de Tati ou de Pierre Etaix… un rêve vous dis je encore, vraiment…

Plus tard, en sortant sous les arbres du parking déserté, sous l’ombre sombre de la falaise sans fin, avec au loin la musique, comme dans un rêve encore, quelques couples égarés qui s’essayent, en cachette, et l’image furtive et émouvante du bal de the Dear Hunter, sauf que le lendemain il y a pas la guerre… au contraire…

Le lendemain, 10 heures du matin… il fait grand beau, et même un peu plus, tant nous sommes tous sereins et heureux, au cœur des choses, presque sûr de n’être pas loin de l’essentiel, dans la puissante simplicité du campo. Nous sommes une vingtaine, d’autres arriveront plus tard… (Dominique plus président Perron que jamais, et Arnaud toujours dans les bons coups, et Bernard, je sais c'est un peu long... mais dis toi que c'est un rêve sans fin) et IL nous attend. Il ne sait pas trop comment faire, nous non plus, on ne se connaît pas… juste suivi quelques triomphes, quelques déclarations sans langue de bois, l’homme a sa réputation, il impressionne et il intrigue. Il n’a pas l’habitude, qu’il dit… alors, on y va… il y a aussi son ami, ostéopathe, chroniqueur taurin, rebouteux des vaches boiteuses, discrètement attentif et totalement expert, mine de rien…

Et là, on ne vous en dira pas plus : un rêve qui dure encore tant les images furent belles et la rencontre heureuse et peu commune… Même les enfants, à la fin, au milieu des chevaux et des toros, enfin presque… l’harmonie retrouvée, vraiment, pour une grande leçon de vie… pour nous tous et pour toujours…

 Merci, Monsieur Laugier ! vous nous avez fait rêver et même un peu plus avec le vôtre, de rêve, que, petit à petit, et sans concession, sans déroger non plus, vous réalisez et que vous avez bien voulu partager cette journée avec nous…

Du coup, c’est sûr, nous y serons à Séville, avec vous, un jour… et nous serons d’ailleurs partout où vous irez, parce que ce que votre histoire raconte c’est que la tauromachie, c’est aussi ça : avoir une passion et des rêves trop grands, si bien qu’à la fin ils débordent et éclatent au soleil de tous les ruedos du monde !

Je vous disais 24 heures de rêves, à frôler l’harmonie et la beauté du monde… Bien sur qu’On recommencera !

Et la prochaine fois, on s’inventera, mille autres 24 heures, pour vivre à fond notre passion… Pourquoi pas 24 heures chez el Cordobes, ou 24 heures dans les Arènes de Lutèce avec des toros français, ou 24 heures à cheval pour transhumer les piedros Rojas vers l’Espagne, ou 24 heures sur la banquise à toréer les ours blancs, ou avec Zocato à compter les palombes, en relisant tout Hemingway et Bergamin ou les chroniques d’Espagnet avec Podalydes, Édouard Baer et Patrice Bornand…

ou encore mieux,  24 heures sur la scène du théâtre Edouard VII pour une tienta sans fin avec les plus grands acteurs français aficionados… et les toros de Laugier…

Un rêve de bonheur, vous dis-je, un rêve où tous les possibles restent à inventer.

Et nous le ferons ensemble, la prochaine fois, bien sur, que vous serez tous là !

On peut rêver , non ?

 

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Published by Emma Falubert
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commentaires

maurice 15/10/2010 18:56



Bravo, Cet article est excellent. De la corrida à la visite de la Ganaderia la magie et le rêve étaient présents.
Grâce à la trame de l'histoire, Emma met en valeur des faits inoubliables pour ceux qui étaient présents et nous replonge dans l'ambiance de ce week-end ensoleillé.