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27 avril 2014 7 27 /04 /avril /2014 16:18

Si le cœur vous en dit…

 

prise-de-vue-sans-titre-1755.jpgMes amis, mes amies, mon amie, mes potes, les vieux, les neufs, les inconnus, les en vrac, les en vrai, les oubliés, les pas tout à fait là et les complétement partis, ceux qui me manquent et celle qui oublie, sans oublier les « vous qui passez sans me voir ; sans même me dire bonsoir… » et tous les autres, ceux qu’on ne se connaît pas… Ne passez pas votre chemin de traverse… ce n’est pas que j’aurais des trucs en plus à vous dire… je n’en sais pas plus que vous, bien sur, mais je reviens de la feria et si le cœur vous en dit, juste envie de partager, dire une bonne chose, (et surtout pas une fois pour toute, bien au contraire…) dire donc que c’est comme ça, qu’on y peut rien, mais qu’encore une fois « je suis ! et je suis un peu plus… »

Oui, je suis ! et en plus, un peu plus,… t’as bien lu… et si le cœur vous en dit, partageons, regardons y de plus près, parlons en… « être un peu plus » et peut être aussi, « un peu mieux », sans trop savoir pourquoi, évidemment, ni comment, ni en quoi… être un peu plus !… un peu plus quelque chose… plus qu’avant, qu’après et que l’autre fois… et à chaque fois, c’est pareil, on en revient différent. Oh pas beaucoup, mais un peu, sur les bords, aux contours, et aussi un peu dedans, au creux de là où il y a les secrets… juste assez pour avoir envie de continuer et d’être moins chèvre, moins conne, moins con, moins rien ou pas grand chose, moins encombrée… plus libre… être un peu plus !

Sans savoir exactement ni où, ni quand, ni qu’est ce…

Peut être que ça ne serait que très légèrement sur le côté, ou bien juste en avant du frontal ou décalé derrière l’occiput ou quelque part au creux de le tripaille, ou dans le bas ventre, va savoir où ça se niche… On ne sait pas ousque ça se loge, mais il n’y a pas de doute, je suis et un peu plus…

Un peu plus, comme pour être en phase avec, on ne sait quoi, l’univers, peut-être ? Non pas tout entier, trop grand, trop fort, trop loin, on s’y perdrait. En phase avec toutes les musiques du monde, peut être ! malgré les vacarmes et les silences bruyants qui chuintent encore à l’aube dégoulinante, en phase avec des regards, c’est sur, le tien surtout, et ton sourire, peut-être, si ça se trouve, je ne sais pas, même si je sais qu’on pourrait s’y perdre aussi.

Personne ne sait, rien de rien ! Ni comment ça marche, ni comment ça vient, ni comment ça dure, et pourquoi ça dure…

Pourtant, il y en aura toujours pour prétendre savoir… Méfions nous : les « sachants », ils nous empoisonnent de leurs pensées en sachets, prêtes à consommer. Nous, à l’inverse, on ne cherche rien d’autres que les limites, les limites de nos territoires, du possible ou de l’impossible, voire plus, des fois qu’il y ait d’autres choses encore…! S’essayer au vertige, à tous les vertiges, comme des funambules, des toreros, ou des ivrognes… Parce que c’est presque pareil au fond, Sentir de la vie en plus en côtoyant la mort, et ses drôles de contours en forme de gloire, de chute ou de renoncement pathétique et minable… certains le font au soleil et en beauté, d’autres, dans l’immensité d’un ciel sans fin, et les plus ordinaires se finissent aux bars et en meute de solitaires, planquant le ressentiment dans beaucoup de bières en plus, des désirs de caresses sans avenir et des rires lourds et sans lendemain.

T ‘exagères !

Ben oui toujours un peu, c’est aussi ça les feria, le règne de l’outrance, du baroque, des déflagrations qui déchiquètent l’ordinaire du tous les jours.

Et ça pas grave, docteur ?

Mais non, je vous assure, des âmes perdues s’y égarent un peu plus que les autres mais quelques unes en reviennent encore plus belles. Quant aux autres, qu’on croyait définitivement cabossées, éreintées pour toujours, elles s’y épuisent à toucher le fond et si elles n’échouent pas, médiocres et pathétiques, aux trop pleins des bouteilles vides, elles finissent par remonter, légères et douces comme les étamines des coquelicots ou les aigrettes du pissenlit. On les retrouve, le regard en vies multicolores, éblouies des vertiges tentés, ratés, secouées des naufrages frôlés, des catastrophes évitées d’un soir, d’une nuit ou des quelques jours. Ils ou elles y ont gagné quelque chose de plus qu’on ne saurait dire…

Mais on ne sait pas tout et c’est tant mieux.

Alors comment faire ?  Me direz vous… et bien je vais vous le dire, comment faire : prendre tout ! Sans restriction aucune et sans dogme ni tabou, sans a priori non plus ni aucune certitude ; prendre tous les moments, sans les trier, ni préjuger du bon et du mauvais, du bien et du mal. Je la prends donc cette ivresse braillarde et crétine des uns, et ces tapages ridicules des autres, ceux qui collent et s’incrustent, leurs mains collantes et baladeuses, les rires des femmes qui s’en moquent et les justes reproches de celles que ça insupporte et qui s’énervent. Je prends aussi le mépris souriant des sages et la sagesse souriante des méprisés. Plus tard, j’ai pris aussi les joyeusetés des plus drôles ou les désespoirs convenus des lunaires. J’ai pris les musiques idiotes qui cognent, les fanfares qui chaloupent, flonflon et rigolent en forme de tuba géant, le cri du coeur d’un gitan qui ne l’est pas, ou plus, ou pas tout à fait, la musique qui disco ringarde, ou qui crincrin poussive, les badaboum boum boum qui m’esquintent les tympans, la belle ivresse de ceux qui contrôlent le dérapage et le naufrage attendrissant de ceux qui voudraient juste tout perdre en échange d’une caresse, ou deux, pour un histoire d’amour de plus et une solitude en moins… Je prends aussi un peu les lourds qui se plaignent et geignent, s’inventant des histoires malheureuses, ceux qui y croient, ceux qui n’y croient plus, ceux qui s’en foutent et qui se laissent couler, ceux qu’on ne reverra plus parce qu’ils s’enfuiront chez Maman en courant, avant qu’il ne soit trop tard, ceux qui sont perdus pour une seule mais pas pour tout le monde qui tourne vautour…

Là dedans, chacun s’y retrouvera, il n’y a pas de vérité, ni de bons chemins, tout droits… Alors j’ai pris aussi leurs vides des petits matins froids et leurs fins ratées de soirées trop chaudes qui virent tiédasses. 

Pour finir, je prends encore un verre, le dernier, et je me couche toute seule, rêvant d’étreintes qui viendront ou ne viendront plus. Ça n’a pas d’importance, j’y étais, je me suis exagéré les triomphes, les ratages, les esquisses comme les esquives, amplifiées des émotions faciles ou plus complexes et plus riches…

et à la fin, je suis !

Je prends tout, vous dis-je … sans le dogme, surtout sans le dogme ! Et le savoir officiel… comme on peut prendre et lire un bouquin de Levy  (mais un seul, ou un de Musso et un seul, pas plus, il y a des limites à tout) et aimer quand même Proust, Bataille, Durand, Marmande, Charnet, Montcouquiol et tous les autres… il y en a tant pour tenter de dire le mystère.

Mais, après faut faire gaffe : au ski, on fait gaffe aux avalanches, en mer aux objets flottants non identifiés, ici faut faire gaffe aux discours ! Ces diatribes bien intentionnées qui frôlent ceux, trop anciens, de comices agricoles d'un Flaubert (Sans Rodolphe et Emma planqués dans la salle des délibérations se tripotant bêtement pour un coït ordinaire, « Rodolphe ne parlait plus. Ils se regardaient. Un désir suprême faisait frissonner leurs lèvres sèches : et mollement sans effort, leurs doigts se confondirent. ») .

Ces envolés lyriques et boursouflées ne défendent rien ! Ils passent le temps et rassurent peut être ceux qui les déclament…

Ils ne défendent surtout pas nos excès qui font la différence et les rendent belles à jamais, ces férias…

Nous, ce n’est pas la tradition que l’on veut défendre, ce sont ces moments d’équilibre où la grâce côtoie le ridicule, où la beauté frôle l’indigent, où la mort accomplie et terrassée donne du sens à la vie subjuguée, exaltée, où l’incongru transcende l’ordinaire, où l’émotion nourrit la raison, où la raison s’en fout de partir en couille et de ne plus y croire… où l’entendement bienveillant perd prudemment pied pour laisser faire joliment la folie… On ne veut pas de ces discours d’un autre temps… ils nous embrouillent les pistes qu’on voudrait au soleil de nos envies de vivre.

Sinon, bien sur, mes bons messieurs, il nous resterait le sport, l’épuisement dans l’effort pour certains et pour d’autres la bêtise de l’affrontement entre ces crétins de Parisiens et les imbéciles de Marseillais, par exemple,  (je parle des supporters, quand ils oublient que ça n'est qu'un jeu). Faisons du sport donc ! ou de la vitesse, aussi, avant toute chose, excessive. Roulons trop vite en frimant et rutilant, roulons le plus vite possible, à tombeau ouvert, dit on… et dans la tradition à défendre, nous danserons la Carmagnole, sans culotte, c’est une tradition ! On y poussera des cris de haine, cette haine de l’autre, quel qu’il soit, et en sautant sur les cadavres de tous les métèques, bourgeois, droitistes, progressistes, passéistes qui n’auront pas marché droit… enfin, pas marché comme nous…

Non, ce n’est pas de cela que l’on veut, on voudrait pouvoir continuer à s’en payer une tranche, se payer de ces vraies émotions, de la beauté indicible, toujours, de la grâce et des sourires en plus…

Alors, si le cœur vous en dit… de la vie en plus… même si à première vue, cette première feria de l’année,  c’est toujours un peu la même chose : des toros, des toreros, des bars, des verres en trop, les femmes, les hommes qui s’emmêlent et des parfums qui passent, le tien qui reste et que j’oublie ou que je cherche, et puis dont je me souviens ensuite en regardant un autre…

Mais il y a bien autre chose, pour qui sait lire entre les lignes, vivre entre les signes, ne pas se fier aux apparences et accepter les faux semblants, distinguer le bon grain de l’ivresse, se jouer des clairs obscurs, se sortir des chaussetrappes embrumées, échapper aux mauvais plats sans se faire de mauvais plis…

Si le cœur vous en dit, donc, je partagerais volontiers quelques uns de ces frémissements en plus…

Parce que c’est bien de la vie en plus qu’il y a dans les toiles de Gaillard, de la lumière d’ailleurs dans les photos silencieusement lumineuses de Joséphine Douet, de la puissance qui vibre et gronde en silence dans les photos d’Eugénie Martinez, de l’énergie en plus dans cette expo de la Chapelle Saint Anne, « pour une place au soleil » s’y racontent les vraies vies de ceux qui on sut rêver assez fort pour transformer leur réel… et un peu du notre aussi…

Comme il y a, c’est sur, de la vérité en plus, dans les histoires, l’humour et les excès de Zocato, de l’amitié en plus dans les vacheries méchantes et maladroites de certains, de l’amour à perdre ou à gagner dans le sourire d’une notaire, une belle générosité et une élégante lucidité dans le retour d’une épouse bienveillante, un grand cri d’amour en plus dans ces cuites des hommes- ado égarés dans des corps de passage, de la folie créative dans les yeux de cette fille fébrile qui cherche de belles histoires pour exister auprès d’un père absent trop présent dans la froideur des sunlights, de la saveur en plus dans les plats et les sourires du Galoubet, de la force généreuse et de la puissance retenue dans les blagues de nos Centaures, une belle énergie souriante chez ce vieux motard que jamais ( !?), beaucoup d’une affection raisonnable et raisonnée chez ce sage « plein d’assurances » et qui rêve de revoir des toros de l’autre côté, de la chaleur en plus aux Andalouses et le brouhaha de ses flamencos frénétiques et désordonnés, du désir en plus dans les bousculades dansées et les sourires en sueur «aiguisés séduction» au bondé Poisson banane ? Malade ? Paname ? on ne sait pas…  on sait juste son DJ trop bavard, de la littérature en attente, avec les piles de livres des  passionnées qui tournent la page, mais qu’on n’oubliera pas et qui vont nous manquer (Catherine aura sans doute plus de temps pour écrire). Il y a les verres de l’amitié dans cette maison incroyablement accueillante en musique et en Ricard… les Ricardiens au complet pour partager et faire de belles rencontres inattendues parce que le monde n’est pas si grand et Vitré pas si loin…(Merci Sabrina et Matthieu et tous nos vœux, bien sur, sachez continuer votre belle vie si habilement partagée).

Il y aurait encore beaucoup de choses à dire en plus,  beaucoup d’autres joyeux élans à raconter, d’autres sourires, d’autres belles folies, comme ce trio improbable, les deux belles et l’ancien, unique et secret, on n’en dira pas plus, c’était trop beau, trop bon… Allez savoir pourquoi, vaut mieux pas, ils ne comprendraient pas, les autres, restés sur le chemin de leurs certitudes faciles et des apparences trompeuses, dictées par leur envie triviale d’embrasser et de baiser, là immédiatement tout de suite pour passer le temps… Eux trois, ils voulaient juste s’aimer sans s’abîmer, sans projeter, sans rien vouloir de plus que d’être ensemble simplement et de ne se devoir rien.

Si le cœur vous en dit, loin de tous les calculs, loin des dires des uns et des médires des autres, Je partagerais encore quelques rêves en images pour faire durer et continuer le voyage…

Il y a eu le courage grandiloquent de Padilla, l’aplomb du jeune Juan Leal, la déception du July, écoeuré, épuisé, on ne sait pas, on ne l’a pas reconnu, le combat de Rafaelillo, le sourire d’Escribano, son brindis au fidèle ami Montcouquiol, sa déception aussi ; et les 6 oreilles de la corrida à cheval, l’obstination efficace de Juan Bautista… la jeunesse de Michelito, sa maturité dans un corps d’enfant, la fierté de son père…

Et puis la grâce…. Trois fois la grâce… celle de Manzanares, cette façon qu’il a de ne pas forcer avec une autorité naturelle, « il est ! », simplement, servant le toro sans esbroufe, tout suavement, presque à l’instinct, comme une bête, parce qu’il a quelque chose de la beauté animal cet homme, lorsqu’il marche, lorsqu’il se bat sans en avoir l’air, lorsqu’il regarde et qu’il voit…

La grâce aussi  ratée de ce dernier toro, un toro de légende pour danser sur la lune, a écrit Zocato… ce dernier toro, comme un cadeau, le dernier de la feria, cadeau pour nous, pour Margé, cette faena, presque réussie pas tout à fait ratée par un élève à bonne école… c’est aussi là, la beauté de la corrida, avec ces incertitudes légères ou ces fragilités très graves, ces ratages sublimes, qu’on n’attend pas, au dernier moment…

et il y a aussi la grâce, cachée, blottie au  secret d’une tienta, planquée dans les coins du temps perdu ou gagné sur autre chose, ailleurs, parce que la beauté envoutante de la tauromachie, c’est qu’elle est aussi un long apprentissage, une quête permanente, un vrai travail… « sans cesse sur le métier… », joyeusement, sérieusement. Là cette fois dans une petite arène… autour d’un éleveur à la gouaille communicative, des toreros en devenir ou confirmés pour quelques vaches à sélectionner… et tout à coup, le miracle… lentement, très lentement, une passe de plus, d’une seule main la muleta verticale, immobile et l’animal dominé qui danse tout autour, Jérémy Banti comme ça pour rien qui nous offre ce cadeau, cette image, une des plus belles de la feria, gratuitement  sans calcul, comme s’il avait voulu partager avec les quelques amis anonymes et inconnus quelque chose de son secret…

Voilà, alors si le cœur vous en dit…

on y retournera chercher ces moments, fugitifs, ces fulgurances plus ou moins abouties, on y retournera y chercher cette sensation exaltante, venue de ce désir irrépressible et indispensable de vouloir se sentir bien vivant…

Allez ! si le coeur vous en dit...

 

 

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Published by Emma Falubert
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