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3 octobre 2011 1 03 /10 /octobre /2011 19:31

On avait dit qu’on le ferait, et on l’a fait. Le Ruedo Newton à Séville, Andalousie, saint Michel ou plutôt San Miguel… Nous étions 14, tant pis pour les autres. « Zêtes cons, zauriez du venir ! » Qu’on pourrait leur dire ; mais on ne dira rien, ils viendront la prochaine fois, et la prochaine fois ce sera Madrid, non qu’on monte en gamme, comme disait le concessionnaire Seat installé depuis 1953 quelque part dans cette banlieue Sévillane, mais parce qu’au printemps, le ruedo Newton, après l’alternative en Andalousie, confirmera à Madrid.

Séville donc, pour ce premier (grand) voyage hors frontière du Ruedo : L’impression que l’essentiel est là, sereinement tapi à l’ombre de la Real Maestranza. Une vérité, entiere, en bloc, indéformable, indestructible, et en même temps fragile, mystérieuse, indéchiffrable, multiple et bien sur inépuisable. L’impression que nulle part ailleurs il ne pourrait y avoir de Toros et de courses de Toros et qu’on y restera pour toujours. Bien sur que ça n’est pas vrai, et que c’est tant mieux, mais tout de même, tant de grâce, de perfection et d’harmonie jusque dans le rythme des arcades, à la couleur du sable, le goût du vino verano et même la robe des cabestros.

Ici, le silence est d’or, comme la tour qui ne prend garde… Bien sur que ça pépie autour des arènes mais plus doucement qu’ailleurs, plus tranquillement, sans braillage intempestif, ni  polémiques visibles et criardes. Pareil dans les gradins, pas de cris et ni de pleurnichards bruyants, pas d’avis d’ayatollah imbécile ou de taliban frustré et gueulard qui voudrait que la musique joue, que les Toros chargent comme ci ou plutôt comme ça, et que la jambe ceci, ou la corne gauche cela. Mais la vie est ici, plus qu’ailleurs, beaucoup plus intelligente que tous ces crétins ordinaires qui voudraient que le monde soient exactement comme ils veulent. « parce qu’il y a des règles, monsieur ! ». Ici tout se passe donc naturellement, rien a demander, sans doute parce qu’il y a quelque chose de la fluidité apaisée du Guadalquivir qui domine la belle âme de cette Maestranza royale…. Et c’est tant mieux !

Ville de clichés et de redondances, certes, mais dans les ourlets de ces excès chaloupés, dans l’élégance chamarrée et joyeuse des robes andalouses se dessinent en pointillés la vérité du drame qui se joue là, depuis des siècles et qui nous fascine. La plainte des andalous est à la fois singulière et universelle ! Elle nous touche parce que venue de la nuit des gitans, elle dit notre peur, nos joies et nos désirs, à Séville plus qu’ailleurs… et même si tous les bars sont fermés, s’il est trop tôt ou trop tard, on l’espère, on l’attend sans l’entendre et la mélodie introuvable de ces chants tragiques et joyeux nous obsédera jusqu’à notre retour et c’est tant pis.

 

Ville de cartes postales : la femme insaisissable et mystérieuse, le torero amoureux et suicidaire, le bellâtre aussi glamour que fortuné, le pauvre erre sans le sou, le grand d’Espagne injuste et arrogant, les poètes fusillés ou courtisés, les bottes de campo, la montera en astrakan, etc… mais au de là de ces pompeuses réminiscences d’un autre temps, le charme de Séville est probablement ( mais allez savoir) d’être la ville des paradoxes. À ce titre elle pourrait être la capitale des oxymores, ces petites perles ambiguës qui tentent par jeuX de mots d’exprimer la profondeur légère d’un contraste équivoque, ou la légèreté profonde d’une invisible apparence. Ici parler de clair obscur, de drame joyeux, de complexe simplicité, du modernisme des traditions ou l’inverse, d’évoquer la douce violence des Toros, l’ indécise fermeté de Talavente, la sobre ivresse des piliers de bar, l’inquiète sérénité des uns ou des autres semble naturelle et de bon aloi et c’est tant mieux…

 

Séville chargée d’histoire, et d’histoires, mais aussi Séville, porteuse de sens et de modernité dans une Espagne qui doute. Séville à l’humble arrogance hautaine, la majesté des aficionados des gradins hauts, et la royale simplicité de grands d’Espagne à leur balcon, qui se la jouent encore un peu. Et c’est tant pis. Et cette musique ! tour à tour joyeuse comme nos bandas, solennelle comme un orchestre symphonique, émouvante comme un orchestre de chambre, simplissime comme une harmonie municipale.. mais toujours juste, c’est à dire à propos, au bon tempo, comme si le chef lui même avait le sitio. Et c’est tant mieux.

 

Harmonie, vous disais je, harmonie même lorsqu’il s’agit de voir les français résister difficilement aux assauts implacables ( c’est le cas de le dire ) de blacks dominateurs… Dans un pub, entre anglais, nouveaux zélandais et français. On chantera la marseillaise d’un côté, on acclamera le Haka tous ensemble, dans ce pub à deux pas du Guadalquivir merveilleusement guidés par Mélanie et Cécile qui ont bien fait les choses, sourires et bonne humeur, Bière, churros, thé ou café. Après la défaite, tout n’est pas perdu, on se paye un peu de beau temps à la terrasse de ce pub ! un pub anglais avec une terrasse ! il n’y a qu’à Séville où l’on peut voir ça. Un paradoxe de plus, comme le cercle pas rond de la Maestranza, le fleuve qui n’est pas tout à fait le fleuve et la revente des billets au black qui se fait au grand jour et ! ça aussi c’est tant mieux.

Et puis il y a le jambon ibérico, les tapas ici ou là, le vin d’été ( citron vert, agua con gaz et vin de l’année) et la Cerveza en pichet s’il vous plait,  et au détour du Pepe Hillo, et comme tout le monde semble s’être donné rendez vous là, il n’en manque qu’un et vous le cherchez, vous cherchez Zocato ! « Il est dans son bureau » vous dit-on sans rire. Alors vous cherchez le bureau et on vous renvoie de fond de bar en arrière salle, de bar en tabouret de bar, de tonneau en tonneau, mais toujours point de Zocato. « Si, si, je t’assure, il est dans son bureau » insiste t on comme pour se moquer…et vous persévérez, la rue juste derrière, le cagibi tout à côté, le dessous d’escalier, vous continuez la quête, les capots de voitures, les calèches, dedans, dessous, dehors, encore les tonneaux, les bancs des arrières salles, les dessous de tables même mais si on vous dit qu’il ne mange pas de ce pain là… mais il est capable de tout le bordelais pour rester libre… De dire oui à tout le monde, parce qu’ il ne sait pas dire non, sans doute mais surtout pour ne plus qu’on l’emmerde, rester libre et indépendant, vous disai-je  et en attendant vous ne le trouvez toujours pas, parce qu’il en a des complices volontaires ou involontaires, femme, épouse, amies et amis, tous menteurs, inconséquents, protecteurs, ou simplement fidèles au désir d’indépendance du Maestro, vous ne saurez jamais,  je ne saurais jamais, en tout cas, partout ses amis l’ont vu juste l’instant d’avant « il était là il y a cinq minutes » , il doit être là juste derrière au fond de la pièce… et vous repartez mais derrière de  Zocato Point… point à la ligne ! devrait-on dire et je le dis, parce que ce jour là le gaucher bordelais, ne fera pas d’article, il reste toujours introuvable, « Doit être à coté d ’un verre », me lance quelqu’un complice et taquin… ils ont tous le verre à la main mais c’est vrai que je vais finir par le trouver et vous savez ce qui me dit l’insaisissable gaucher «  et bé je te cherchais partout, où étais tu ? alors qu’est ce que tu prends ? » et je passe le reste de la soirée à écouter ses belles histoires de toreros inconnus , d’éleveurs célèbres et d’animaux pas tristes. Et à un moment il dira discrètement à la cantonade, « je reviens de suite » et vous ne le reverrez plus, jusqu’au prochain article où il y aura une de ces trouvailles qui éclairent « tout en le disant sans le dire », comme disait ma grand mère qui s’y connaissait en roublardise et en littérature, donc dans le désordre, le buffet de cuisine, le bal des pompiers, le timbre poste, la ligne bleue des Vosges, le gratin dauphinois, ou le bonjour monsieur, etc… et si comme moi vous ne le trouvez pas tout de suite, ne le cherchez plus que dans ses lignes, et là si vous ne le trouvez pas ce vrai poète, ce sera tant pis  pour vous.

 

Et puis paradoxe pour paradoxe, Séville est sans doute la ville espagnole la plus espagnole, mais aussi la plus française alors on y croise, du beau monde, de vrais aficionados, venus pour les Toros bien sur mais aussi pour le reste, l’ensemble de ces énormes « je ne sais quoi et de ces presque rien » qui font la différence. Les frères Siméon, qui sont les seuls qui pourraient légitimement se qualifier de Toréador, l’un parce qu’il vient d’autres arènes tout aussi taurines mais que l’on pourrait dire exotique en Andalousie, l’autre parce qu’il produit cette magnifique exposition éponyme, ( qui était à Madrid pour la feria d’automne), L’excellent Philippe Beglia, à l’humour sinon taurin tout du moins ravageur, Maurice Behro insaisissable derrière ses objectifs pour Mundotoro, et puis évidemment des toreros, le prometteur Juan Leal, le retiré Stéphane Meca, et le torero à l’élégance nonchalante, Jonathan Verhunes et tous ceux qui sont toujours là mais qu’on n’a pas eu le temps de voir, et c’est tant pis…

Un autre français qui conte… et raconte de belles histoires, les siennes, ( deux livres dont un avec ses enfants) et surtout cette histoire singulière, la sienne et celle de son destin, destin d’éleveur, par hasard ou volonté, on ne sait pas, c’est le secret de sa vie… Arrivé en 92 avec l’Expositon Universelle, il s’immisce chez les andalous, et à force d’en vouloir, le désir sera le plus fort, et après maintes et maintes difficultés surmontées, à force de subir menaces, attaques, et même incendies criminels, il deviendra Mayoral. Et l’entreprise est aussi immense et amibitieuse qu’incertaine et aléatoire. Il s’agit de repartit presque à zéro : reconstruire un élévage mythique, essentiel. Il faudra du temps, sans jamais n’être sur de rien, et tout ça avec le sourire, l’enthousiasme, beaucoup d’humilité et un sens de l’accueil et de la convivialité, au fond une grand leçon d’optimisme et de vie, et c’est tant mieux.

C’était vraiment un beau voyage, la semaine prochaine on vous racontera Madrid C’était bien aussi et c’est tant mieux, et tant pis pour ceux qui n’y étaient pas cette fois  et n’en seront pas l’année prochaine.

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Published by Emma Falubert
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