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2 mars 2011 3 02 /03 /mars /2011 12:15

El Belga, Felipe de la Mancha et quelques autres.
Paris, Vendredi 25 février, 4h00,

le réveil sonne et me tire de mon sommeil, "Madrid, Madrid, Puerta Del sol" dit la chanson qui raisonne au fond de ma tête et c'est aussi la destination du jour.
5h00, Dans la nuit qui finit une ombre se profile, le taxi stoppe à sa hauteur, c'est Philippe, sac en bandoulière et camera au poing.
Aéroport CDG, les agents de sécurité nous tirent de notre torpeur, valises, vestes, chaussures, ordinateur... Tout sur le tapis qui défile avec l'humeur de la nuit qui finit... L'avion décolle et nos rêves taurins avec.
9h30 : Madrid Plaza Del sol. Notre ami Estéban de la penã taurina de Bruxelles nous accueille chaleureusement, nous présente sa cuadrilla, Manu, les Emmanuel, Meryl, Guy, Bernard, Patrice et nous conduit à la Sasteria de Toreros pour l'achat de capotes et autre muleta...El Fundi, El Cordobes, Espartaco, Juan Bautista, El Juli, Castella, une constellation de stars a confié la confection de son habit de lumière à Justo Algaba. Si l’habit ne fait pas le moine, l’habit de lumière ne fait pas le torero… mais on peut rêver.

11h00 : Après avoir croisé Frederico Garcia Lorca, trônant sur la plaza Santa Anna, lieu mythique du mundillo d’hier, direction la Mancha à 150 kms de Madrid où une tienta est prévue au pays de Cervantès...  Dans le coche de cuadrilla qui roule à vive allure, au loin on aperçoit les moulins et la silhouette désabusée de Don Quichotte errant sur Rossinante.


13h00 :  Alcazar de San Juan, penã Anibal Ruiz, sous les arènes, on s'engouffre dans le saint des saints local, un toro de Miura nous défît du regard, mais la méfiance à l'encontre de ce toro de verdad, et la soif, nous poussent vers la douceur rafraichissante et salvatrice de la San Miguel.
En route pour la Finca Las Cuadrillas où nous attendent Vachas, Cervezas, vino tinto, jamon, queso manchego... L'édifice de pierre se réchauffe au soleil lumineux de la Mancha. Ici le printemps semble déjà venir des collines de l’illustre chevalier à la triste figure. Un magnifique étalon noir nous accueille en hennissant de biens curieux "bienvenido hombre"... et pourtant nous n’avons pas encore bu. On sort les capotes, les muletas et les ayudes tout en repérant le moindre recoin, le plus petit des refuges, de cette arène pittoresque, immanquablement lieu de nos futurs exploits. Sur le sable ocre du ruedo et sous le regard amusé et bienveillant de Belinda, Julie et Stéphanie, on commence à dessiner maladroitement des arabesques, parfois parfaites, pas souvent mais toujours dans des gestes indécis mais déterminés. De temps en temps, mon regard s'échappe au loin vers les collines et les moulins. J'imagine le pauvre chevalier et Sancho Panza dévalant la pente pour venir observer ses curieux hidalgos idéalistes, quelquefois fantasques et souvent lucides qui s’obstinent à vivre leurs rêves...
Esteban "El Belga" ouvre la lidia le geste sûr, le port élégant, le président de la penã taurina de Bruxelles enchaine les passes à la Cape, il s'efface ensuite pour laisser la place à Manuel "El Japon" sérieux et concentré. Chaque Practico s'essaye à la Cape et à la muleta avec plus ou moins de succès.
El felipe de la Mancha vient de faire virevolter sa cape, il toque et la bête traverse le tissu coloré, il pegue quelques Véroniques et me rejoint derrière le burladero fier, heureux et vraiment soulagé, je crois qu’il a eu peur.
A mon tour, je m' 'avance vers l'animal qui semble me fixer dans les yeux. Les cours de Vincent Blondeau en tête, je toque et le toro vient dans la muleta et me rentre presque dedans. Le maestro Anibal Ruiz, toujours attentif, rectifie mon geste et là, ça devient plus simple, une passe puis une seconde et ça s'enchaîne de mieux en mieux. Je rejoins le burladero dans un état second. Un mélange de fierté, d' humilité, de dérision, de satisfaction, de soulagement et un peu plus loin un sentiment de plénitude intense.
15h00, le moment est venu de passer à table. La Mama nous a préparé une salade de poivrons grillés, un ragout de toro qui a longuement mijoté au coin du feu de cheminée, le tout arrosé d' un corsé tinto de la Mancha. Un régal....

Je ne l'ai remarquée qu' à son 5e whisky, Paquita blonde espagnole, montée sur talons, robe noire et une longue chaine autour du cou semble porter le deuil de sa dernière cuite. On dirait une ancienne pensionnaire de couvent qui a mal tourné. Elle est venue avec le novillero José Luis Venegas qui animera le reste de l'après-midi. Paquita pénètre dans l'arène, le verre dans une main, la capote dans l'autre. Elle cite le toro, il se retourne vers elle et s'élance. Déséquilibrée par ses talons hauts et le reste, Paquita mord la poussière, elle se relève reprend sa Cape et appelle la vache "Paquita cabrona vamos...". Devant ce spectacle dérisoire et fantaisiste, les practicos et le public applaudissent à tout rompre, tout en riant aux éclats. On a pas vu Don Quichotte mais Paquita était bien lá...

22h00 : Une des traditions les plus attachante d' Espagne : vamos à tapear de bar en bar ; tout y passe apéro, repas, fiesta... et peut être El juli, Conde ou Manzanares au bar El Burladero. On peut rêver vous dis je.

Être torero ça ne se décrète pas ça se mérite

Samedi 26 février. Réveil à 6h départ à 7h00, les croissants et les caracoles  arrosés d' un café solo, tout juste avalés et le coché de cuadrilla vrombît dans la nuit madrilène.
"J'aime les gens fêlés parce qu' ils laissent passer la Lumière" disait un célèbre réalisateur. Et la Lumière nous l'avons tous entrevue en Extramadure, à 250 km de Madrid, en ce samedi de février sous un beau soleil d' hiver... Notre hôte, Mariano Cifuentes, sympathique grand père, heureux propriétaire d' une finca de 700 ha et d' une radio au charme désuet, version seventies, qui crachote des airs de paséo.
Une quarantaine de praticos gesticulent et s'entrainent dans les arènes sous le regard attentif de 3 maestros qui encouragent et qui corrigent... D' un seul coup un éclair illumine le ruedo, une série de derechazo, une autre de naturelles terminées par un gracieux pécho sur un toro bravo imaginaire et le voilà à genoux les bras tendus vers sa casquette qu' il avait jeté à terre. Standing ovation des practicos de son groupe bientôt imitées par toute l'arène. Après ce triomphe qui n'en finissait pas, son père vint relever cet éclair à 21 chromosomes qui venait de nous faire voire le sublime. Il disparu derrière le burladero comme l'ombre quand la lumière s'éteint.
Mais le syndrome de Down dévoilera ses multiples clartés plus tard face au becerro et sous les aplozos d' un public conquis par cet être si singulier. Deux oreilles et la queue et un triomphe pour l'éternité.
"Chaque homme dans sa nuit s'en va vers sa Lumière" disait Victor Hugo dans les comtemplations...eh bien moi, comme beaucoup je l'ai admiré ce torero loco malgré lui, y sincero de plein gré...

23h00 Vamos à tapear plaza Santa Ana pour déguster avec Meryl et l'ombre de José Thomas les délicieuses asperges chaudes et évoquer la corrida  de l'aprés midi avec El juli, Conde et Manzanares ; qui seront peut être au bar El Burladero.  En tout cas nous, nous y étions jusqu'au bout de la nuit madrilène.

Aficion y Arte ou les deux à la fois.

Dimanche 27 février : rendez-vous à 10h pour un pan con tomate accompagné d' un café con lecce, sous les regards furtifs et séducteurs d' une belle espagnole.
Visite du musée de la Reina Sofia en compagnie de Felipe de la Mancha guide érudit et passionnant pour redécouvrir Dali, Miro Tàpies ou Picasso et faire connaissance avec Twombly, un artiste peintre, oscillant délicatement et entre modernité et tradition, mots, peintures et signes  et ses expressions abstraites et subjectivement réalistes. Un pur moment de bonheur, conclu par la visite, toujours commentée, de l'extension du musée réalisée par Jean Nouvel...il ne manque qu' un Cohiba siglo VI ou un Monté Christo behike pour tutoyer le paradis.
Quelques Tapas plus loin, nous voilà au restaurant Puerta Grande près des arènes de Las Ventas. Un lieu mythique pour l'aficion... Il manque toujours le puro.

17h30 Tarde de toro Nunez Del Cuvillo à Vistalegre en présence de la Penã Taurina de Bruxelles et du Ruedo Newton Paris, club taurins Paul Ricard, parmi 15000 aficionados venus applaudir Juan Mora, Morante de la puebla et El Cid...5 oreilles et deux puerta grande et nous voilà en train de trinquer, le bonheur en plus, avec Francis Wolff et quelques autres. Dimanche soir, à Madrid, une canã à la main, la nuit n'en finit pas de passionner tous les amoureux de la vie.

Lundi 28 février l'avion qui vient d' atterrir à Paris nous ramène sur la terre ferme...

Les voyages forment la jeunesse a-t-on coutume de dire et bien je peux rajouter qu' on se forme tout le temps, quel que soit l'âge, quand on voyage  dans l'univers si riche du mundillo... Un rêve, vraiment, mais devenu réalité.

Maurice Bouzemarène

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Published by Emma Falubert
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